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HISTOIRE DE LA DANSE JAZZ

 

 

Introduction
La danse africaine

La traite des esclaves
L'église et son influence
La Nouvelle Orléans
Storyville
La Minstrelsy
Irène et Vernon Castle
1920
Chronologie
Notes et Bibliographie

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L'église et son influence

 

Sous la dominance française les esclaves ont été confrontés à une musique liturgique, baroque, et aux chants Grégoriens, (au début les noirs n'avaient pas le droit de chanter).

Les esclaves qui étaient achetés par les Anglais protestants avaient moins de chance de conserver leurs traditions, car à l'époque pour les protestants la musique rythmique était considérée comme un péché. N'étant pas autorisés à jouer leurs propres rythmes percussifs, ils ont commencé à développer leurs rythmes à travers la marche car ils pouvaient y greffer leurs musiques et leurs chants.

L'attitude des blancs envers les noirs aura eu une énorme influence sur la conservation de l'héritage africain.

Pour le planteur latin (catholique) l'esclave était un homme avec une âme mais avec une vie terrestre sacrifiée. Si l'esclave faisait son travail correctement et ne gênait pas la communauté blanche, il lui octroyait une grande permissivité. Il pouvait pratiquer ses cultes, ses danses, et fabriquer des instruments. Le planteur latin allait même jusqu'à encourager la promiscuité car il en était gagnant à long terme.

Le planteur protestant, qui n'avait jamais été confronté avec le problème de l'esclavage ne pouvait pas le comprendre, pour lui l'esclave était comme un animal, un être sans intelligence. La condition de vie des esclaves était particulièrement rude, ils vivaient dans des conditions d'hygiènes épouvantables, les couples étaient séparés donc abandonnaient leur tradition.

Les plantations étaient petites, les propriétaires faisaient vite comprendre aux esclaves qu'ils leur fallait abandonner leurs traditions, ce que beaucoup firent afin d'avoir une vie meilleure. D'autres préférèrent se cacher afin de préserver et de garder leurs cultes et leurs traditions.

L'importance de l'église et de son influence sur l'adaptation des noirs fut considérable. L’église catholique avait pour tradition de représenter ses Saints sur des toiles, des icônes, et des statues. Les esclaves ont fait des comparaisons de ses saints avec leurs Dieux au point qu'il s'est développé une religion parallèle : à Haïti on trouvait le "Vaudou", à Trinidad le "Shango", au Brésil le "Candombe", et de plus ils faisaient coïncider les fêtes catholiques avec les leurs.

Finalement c'est la religion catholique qui a permis la sauvegarde de la culture noire africaine. Cela justifie aussi pourquoi certaines ethnies qui étaient chez les Anglais, donc chez les protestants n’ont pas pu sauvegarder leur patrimoine culturel. Mais en revanche ils ont appris les traditions européennes ce qui par la suite a été très important quand eut lieu la migration des noirs dès l'abolition de l'esclavage. Dans la religion protestante il n'y a pas de saints, pas d'images, pas d'icônes, pas de représentation humaine, il n'y a que la bible, le nouveau testament est une croix en bois, car ce n'est pas l'église qui est riche mais l'âme de l'Homme blanc.

 

Danse jazz, danse sexuelle ?

Danser à la manière des Africains c'est donc désirer connaître son corps, le découvrir, et lui obéir en pleine conscience, c'est ; avoir le courage d'accepter publiquement le plaisir, le vivre, le partager et le montrer. En fait c'est précisément cet aspect sexuel qui a toujours soulevé un problème dans la danse jazz.

Dès le début les danseurs modernes n'ont pas hésité à montrer l'amour sexuel et même la nudité (Martha GRAHAM, Doris HUMPHREY, Isadora DUNCAN) mais cela était perçu comme un art de haute moralité, et justifié la nécessité d'un érotisme et d'une sensualité dans le but d'une recherche artistique. Au niveau de la danse jazz aussi on perçoit ces deux courants ; on dicerne les chorégraphes noirs qui ont une perception sexuelle et les blancs qui ont une perception sensuelle.

Les jeunes africaines qui, lors des fêtes de village souhaitent faire comprendre leurs désirs à l'égard d'un homme, utilisent comme moyen de communication la danse sans aucune inhibition. Avec des regards, des ondulations du bassin, elles transmettent leur message, dont la signification est évidente et ne choque personne.

Un autre élément de la danse jazz est l'ironie moqueuse et protestante qui se manifestait avec un petit coup d'épaule pendant la danse (1930).

La danse jazz noire a gardé de la danse traditionnelle africaine l'idée de création et d’improvisation continuelles mais à l'intérieur d'un cadre bien défini. La danse africaine est la répétition d'un geste appris selon la tradition. C'est une connaissance parfaite du geste et du vocabulaire qui laisse le danseur libre par la suite d'improviser, parce qu'il maîtrise une technique. Ce n'est pas de la spontanéité comme dans la danse primitive.

Dans le Break dancing on assiste exactement à ce même phénomène d'improvisation sur un langage connu et compris par tous. De même dans les "Jam sessions " (faire un bœuf, improviser sur un thème) les musiciens improvisent sur une phrase qui est ensuite reprise par un autre musicien qui la change et la colore à son grès, mais la phrase dans sa structure reste toujours identique.

La dominante est toujours basée sur le rythme, et ce n'est pas les pas de danse qui font évoluer les danseurs mais le rythme qui les fait bouger.

Citation de Mura DEHN en 1946 : "La différence fondamentale entre la danse jazz et la musique africaine est que la danse jazz est syncopée, elle utilisera le contretemps et la syncope, alors que la danse africaine au contraire appuie le temps sur la percussion" (les musiciens sont polyrythmiques mais la danse elle, est sur le temps).

L'échange des esclaves entre les îles et le continent était si important qu'il est nécessaire d'aborder le développement de la danse dans les îles. Ainsi nous pourrons identifier les danseurs et essayer de comprendre pourquoi le jazz est né aux Etats Unis et non dans les Antilles par exemple.

Les esclaves aux Antilles utilisaient principalement deux tambours, un grand et un petit qu'ils appelaient-le "Baboula" (d'où le terme "faire la Bamboula") sur lequel ils exécutaient des rythmes rapides, on trouvait aussi des os qu'ils frottaient et un instrument à corde apparu en 1764 en Jamaïque appelé ; le "bonjour" (il est décrit comme une guitare espagnole ronde à quatre cordes ) et va devenir-le "Banza" puis le "Banja" et en passant aux Etats Unis il s'appellera définitivement le "Banjo".

A l’exception des grands colons qui étaient des administrateurs et des religieux éduqués possédant une bonne culture, les Européens étaient en grande partie d'origine paysanne et ils ignoraient la musique savante, donc le peuple avait conservé l'habitude de s'amuser à l'occasion de fêtes saisonnières et lors des fêtes religieuses telles que Noël et Pâques. Ils dansaient et chantaient uniquement des danses religieuses héritées des premiers temps du Christianisme.

 

Les Colons antillais avaient un mode de vie moins austère que les colons américains, leur distraction favorite était la danse, qu'ils enseignaient aussi à leurs esclaves, tout comme l'apprentissage des instruments de musique tel que le violon. Les esclaves apprenaient les danses populaires comme le Branle et la Bourrée et les danses de cour française telles que le Menuet et les Contredanses. Donc les dimanches après midi les esclaves pouvaient danser non seulement les danses qui leur étaient enseignées mais aussi leurs propres danses traditionnelles à condition qu'elles eussent été morales, c'est à dire non sexuelles.

Toutes ces danses qui n'étaient pas sacrées et de ce fait non rituelles, les colons français, espagnols ou anglais les avaient toutes regroupées sous un même terme ; " la Bamboula".

Toutes les danses qui avaient fusionné avec ces danses chrétiennes on les appela les "Calendes" (c'est le nom que leur donnent les religieux), les colons les appelaient les "Branles" et les Anglais les "Gigues" (Gigue des nègres).

La "Juba" était une danse compétitive (d'aptitude technique), qui apparut dans toutes les îles et qui s'est étendue jusqu’au sud des Etats Unis. La caractéristique de cette danse était que le danseur exécutait une série de mouvements au milieu d'un cercle d'autres danseurs qui l'accompagnaient de frappes sur toutes les parties de leur corps (mains, pieds, cuisses etc.) et était ensuite défié par un autre danseur qui entrait dans le cercle. Aux Etats Unis cette danse s'est appelée par la suite le "Patting Juba" (patting = frapper, sorte de solfège corporel "Handbone").

Fusions de danses :

La danse créole nationale a comme origine les danses de société européennes qui ont d'abord été dansées en l'état puis créolisées par la population noire qui a apporté ses rythmes. Le 18ème siècle était la période du "Menuet", celui des "Contredanses", des "Quadrilles" et des " Cotillons" qui furent suivit par la "Polka" et la "Mazurka". La "Polka" créolisée est devenue la "Béguine". La "Mazurka" est devenue la "Mazour", "Mazouk" puis finalement "Zouk" (20éme siècle)

Le 18ème siècle fut le siècle des danses de couple ; la valse. Et le 20éme siècle fut l'apparition du "Zouk" et à Cuba du "Son" (qui est le précurseur du "Cha Cha"). Finalement toutes ces îles ont servi en sorte d'éprouvette où furent mélangés les rites et traditions à la fois de la population blanche et noire ce qui a donné naissance à ce qu'on a appelé par la suite la "culture noire" (la culture forte, Black power, Black is beautiful, "be black and proud ! " de J.Brown).

A Haïti la religion Vaudou était la religion officielle de 1847 à 1859 et les rites séculaires africains y ont survécu, on retrouva par la suite une chanson de travail de l'île, la "Cunjain " dérivant du "Cumbait" sur les rives du Mississippi à la Nouvelle Orléans.

A Cuba les premiers Conquistadores avaient apporté une tradition poétique et musicale qui correspondait à la "Romance" et au "Zapateo". Il y eut un apport considérable des noirs jusqu’en 1880 et aussi de musique française en 1791 avec la "Contredanse", le "Menuet" et la "Gavotte". La Contredanse française créolisée chez les Cubains sur une musique espagnole et une musique africaine donna le "Danson" qui se transforma par la suite au 20ème siècle en "Mambo". Au 19 ème siècle on assista à l'apparition d'une identité cubaine sous l'influence puissante de la musique espagnole avec la "Habanera", (123-123-12-12-12 ) rythme cubain qui a inspiré de nombreux compositeurs de renom. La "Habanera" influença le développement du "Tango" qui à travers la migration des Cubains vers l'Amérique en 1914 se fit connaître et fut adopté par l'Argentine.

En Amérique, certains esclaves fortunés avaient un contrat à durée déterminée à la fin duquel ils étaient libres. Mais ce système ne coûtant rien aux colons fut rapidement étendu à un contrat à vie.

Avec l'augmentation des esclaves, des lois de plus en plus strictes furent votées afin de maintenir l'ordre. Les conditions de vie étaient très rudes pour les esclaves et en raison de cela on assista à un mécontentement grandissant, en effet vers le 17ème siècle on entendait parler du plus en plus d'insurrection des noirs en particulier à New York et à Boston.

1739 fut la date de l'insurrection Cato (la révolte Stono). Les esclaves d'une plantation de Caroline du sud se révoltèrent et tentèrent de regagner la Floride qui était à ce moment là espagnole, cela afin de retrouver leur liberté. Sur leur chemin ils assassinaient des blancs ce qui correspondait à un acte impardonnable pour la communauté protestante américaine. Une loi fut votée et appliquée dans toute l'Amérique protestante : "Interdiction formelle aux noirs de "tambouriner" et de se regrouper". En fait les blancs avaient compris que le tambour jouait le rôle d'un communicateur, un rassembleur et un excitant de masse.

Dans le sud on trouvait les esclaves des champs et les esclaves de maison (les domestiques) et c'est principalement parmi cette dernière catégorie d'esclaves que les maîtres choisissaient leurs musiciens (même processus qu’aux Antilles), ils leurs apprenaient à jouer des instruments de musique afin de les accompagner dans leurs danses. On retrouva les mêmes instruments qu'aux Antilles mais puisque le tambour était interdit, ils créèrent d'autres instruments tel que le tambourin qui fut par la suite l'instrument privilégié du phénomène professionnel appelé la "Minstrelsy". Donc ils eurent comme instruments à disposition hors mis le tambourin, des os, des planches à laver qu'ils grattaient (washboard), le banjo et le violon appelé le "fiddle" (the fiddle on the roof, "if I were a rich man .. " !).

Dans le sud les esclaves jouaient pour faire danser leurs maîtres aux bals, aux assemblées et dans les palais du gouverneur. Les colons dansaient des danses villageoises comme les menuets, les "Rims" (sorte de "Branle Ecossaises") et les gigues. Les musiciens se rassemblaient le dimanche après midi pour répéter ces musiques (et aussi les danses) mais aussi pour "improviser" en ajoutant à ces musiques traditionnelles européennes leurs rythmes et leur culture africaine. Ils avaient aussi un grand plaisir à ironiser et caricaturer les danses de leurs maîtres.

 

Kathérine DUNHAM, qui a étudié les danses ethnologiques des îles (Caraïbes, Antilles Haïti, Trinidad ) et de l'Amérique avait constaté que les danses noires des plantations étaient exécutées en cercle, en frappant des mains, mais qu'elles étaient très influencées par la "Square dance" anglaise (danse similaire à la Polka, avec des couples qui s'échangent) et par le Quadrille français.

Comme danse on retrouvera la " Buck dance" (dansée par les hommes), et la "Pigeon Wings" qui fusionnées donnent la "buck and wing dance".

La "Gigue" était une danse paysanne irlandaise dansée avec des sabots ce qui provoquait un bruit rythmique, créolisée et fusionnée pendant l'époque de la Minstrelsy elle devint la "Buck and wing" et américanisée elle devient la Tap dance (danse de claquettes)

Les planteurs organisaient pour se divertir des concours de "Cake walk". Le Cake walk s'appelait au début le "Chalk line" (ligne de craie). Cette danse consistait à danser sur une ligne dessinée à la craie où les danseurs s'amusaient à imiter et caricaturer l'attitude guindée des blancs ouvrant un bal, souvent ils dansaient aussi avec un verre d'eau sur la tête (afin d'avoir le look "raide" des planteurs) avec le buste en arrière en développant la jambe en "Tiller line". Le nom "Cake walk" signifie marche (danse) du gâteau, c'était un concours de danse où le meilleur danseur gagnait justement un morceau de gâteau !

THE CAKE WALK

Le tambour étant interdit suite à l'insurrection Cato, la "Juba dance" refit donc son apparition sous le nom de "Patting Juba " ; danse compétitive où le danseur exécute une série de mouvements au milieu d'un cercle de danseurs qui l'accompagnent de frappes sur toutes les parties de leur corps (mains, pieds, cuisses etc.) et est défié par un autre danseur qui entre dans le cercle à son tour pour être défié à nouveau. 

Le "Patting Juba"  revient d'actualité sous le nom de "Handbone, bodyrhthms, body-percussions, body-sound, body-voice (page web sur le "Handbone" )

Toutes les occasions étaient bonnes pour danser, toutes les manifestations tels que Noël, Pâques, les danses pour les moissons, les mariages, les funérailles.

LE SUD

Pour les protestants la danse, à part les danses sacrées, consistait à soulever et à croiser les pieds donc représentait une pratique amorale. Les esclaves ayant connaissance de cette interdiction ont pu la détourner astucieusement en créant le "Ring shout" qui était en fait un grand cercle où les danseurs tournaient dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (comme les Africains, retraçant la course des astres). Ils traînaient les pieds (donc ils ne le soulevaient pas, ils ne les croisaient pas, donc ils ne dansaient pas). Ils bougeaient les haut du corps et chantaient des "cantiques". Le but de ces danses était d'être possédé évidemment par l'esprit de Dieu et d'arriver à la transe.

Il y avait aussi la danse "Down to the mire" (au fond du marécage) qui ressemblait particulièrement au "Ring shout" sauf qu'une pécheresse ou qu'un pêcheur prenait à un certain moment le centre et cambrait en arrière jusqu'à ce qu'il touche la terre en guise de pénitence, il pouvait remonter dès que les danseurs du cercle le lui permettaient.

LE NORD

La croissance rapide des villes a fait apparaître une plus grande diversité de formes musicales. Il faut savoir que l'église faisant finalement office de rassembleur, les gens s'y rencontraient. Elle offrait aussi une forme de divertissement vocal tout comme dans les tavernes ou d'ailleurs on chantait et dansait, quand il y avait de la musique elle s'accompagnait de danse. Il se développa par la suite une musique de concert et une musique de bal en plus de la musique d'église.

Il y eut aussi la création d'écoles de musique et de danse avec des professeurs itinérants qui apprenaient aux enfants de bonne famille ces deux disciplines.

Les colons du nord étaient beaucoup plus permissifs que ceux du sud et les esclaves avaient le droit de se rassembler à certaines périodes de l'année pour se rencontrer, retrouver leur identité, leurs danses et traditions.

Un de ces grands rassemblements annuels était-le " Lection day", fête qui avait pour objectif d'élire leur Roi. La fête durait une semaine (c'était un peu la copie des élections Présidentielles Américaines.)

Le "Pinkter day" (Pentecôte hollandaise) était une fête similaire au "lection day". Au " Catherine Market" la situation était un peu différente, c'était un marché où après les ventes, pendant que les maîtres étaient à la taverne, les noirs s'amusaient à faire des concours de "Gigues" sur des caisses de bois (c'était déjà un petit podium, une petite scène). Quand on parle de concours on parle de concurrents, de compétition, du fait de se surpasser, effectivement de très bons danseurs (de claquettes) furent découverts.

Le nom "tap dance " est un mot dont on ne trouve pas de trace avant 1917.

Dans le sud comme dans le nord on voyait se développer plus ou moins les mêmes danses. Il y avait aussi toutes les villes qui étaient au long des grands fleuves tel que le Mississippi, ou dans les ports les esclaves chargeaient et déchargeaient la marchandise comme le coton, ainsi se développa une danse assez particulière qui rassemblait à la "Cumbite" ou "Coonjine" (coon = naître en péjoratif, être noir). C'était une marche très traînée (qui rappelait l'effort de l'esclave quand il devait transporter les lourdes balles de coton) mais soutenue par un chant très rythmé.

 

suite : La nouvelle Orléans
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