La musique jazz est un ensemble
à la fois sonore et corporel. C'est la parodie, la gaieté, la
fête, les joyeux échanges, elle caractérise la liberté de l'individu.
Cependant elle exprime aussi ; la douleur, l'oppression, elle
est chargée de plaintes et de moqueries, d'ironie, de révolte
et de revendications, elle ouvre le droit au solo, à l'improvisation
et à la liberté d'échanges.
Cette philosophie du jazz qui a façonné
les grandes danses vernaculaires noires américaines a été reprise
par la communauté blanche et diffusée dans le monde entie
Elle part du Cake walk, du Charleston, du Lindy hop pour en arriver
au Rock, au Funk, au Break dancing jusqu'au rap et Hip hop actuels.
L'exception a cette philosophie "nature"
du jazz est la danse scénique qui nous vient de Broadway où elle
a été influencée par de grands chorégraphes novateurs qui étaient
au départ principalement classiques comme Georges BALLANCHINE,
Gérôme ROBBINS et pour rester plus "jazz" Jack COLE.
Ces chorégraphes n'avaient pas
un esprit d'improvisation au sens africain du terme.
Ce qui nous amène au paradoxisme entre
:
Le jazz :
liberté du corps, improvisation, conception stricte noire afro américaine
de la philosophie du jazz en opposition avec :
Le jazz : danse théâtrale et scénique actuelle (qui
n'est plus une improvisation).
Ce paradoxisme s'explique
par le fait que le jazz est né de la rencontre de deux cultures;
la culture afro américaine et la culture européenne.
Ces cultures se sont rencontrées
à un certain moment de l'histoire ce qui explique pourquoi on a
plusieurs tendances dans le développement du jazz :
La tendance afro américaine
; Kathérine DUNHAM, Pearl PRIMUS.
La tendance scénique ; Minstrel shows, Broadway, secteur commercial.
La tendance théâtrale ; les
compagnies de danse (concert-work).
-
Pour définir la danse
jazz il est nécessaire de faire abstraction de la musique jazz.
Actuellement on pratique la danse jazz sur de la musique rap
(mais le rap n'est-il pas le jazz d'aujourd'hui ?). Il faut savoir
toutefois ce qu'est la caractéristique permettant de définir une
musique comme une musique jazz, elle se trouve dans le coté "
percussion" du rythme. Tout ce qui est lié au jazz est basé
sur la percussion. Justement, le Rap n'est autre qu'une percussion
rythmique et vocale. Citons un exemple marquant qui a énormément
contribué au développement de la musique noire américaine : la musique
de James BROWN, elle est à la base essentiellement "percussive".
Afin de compléter cette
définition et d'aller dans notre recherche au-delà de la musique,
il nous faut examiner le mouvement et sa spécificité qui est différente
de la danse africaine. A différencier elle-même de la danse primitive,
laquelle a été amenée en France par Ernst DUPLAN, un haïtien. Cette
danse "primitive" est un dérivé de la danse africaine,
mais la différence se loge dans l'improvisation. La danse jazz a
un vocabulaire propre issu d'un melting pot culturel, chaque pays
du monde y reconnaît et y intègre les racines de son propre pays.
Définitions de la danse
jazz par plusieurs personnes à différentes époques :
Jean SABATINE : critique
(1969) : "La danse jazz est un art populaire, une sorte de
mélange de danses ethnologiques et sociales".
Louis HORST :
directeur musical de Martha Graham et professeur de composition
musicale, accompagnateur du Denis SHAWN (Ruth St. DENIS, Doris HUMPHREY,
Charles WEIDMANN). " L'alliance paradoxale combiné le primitivisme
d'un lointain passé avec les ramifications des temps modernes. La
danse jazz est une sorte de primitivisme populaire illustrant par
son tempo et ses impulsions le désir de notre culture complexe et
sophistiquée, de retourner au rythme et au mouvement existant dans
des sociétés moins civilisées". (Cette définition de Louis
HORST situe le jazz à un carrefour inter-culturel composé de trois
critères relatifs à ; la culture civilisée, la culture primitive
et "l'esprit africain").
Jack COLE: "Jazz
is urban folk".
Un grand musicien de
jazz : "If you gotta ask, you aint got it!"
La difficulté de définir
ce mot réside dans la pluralité de sens qui dérive de la danse africaine.Le
jazz n'est pas seulement une musique qui force le corps au mouvement,
il n'est pas seulement musique ou danse, il est expression vocale,
langage, communion et expression de l'existence de chaque communauté
à chaque génération ce qui explique son actualité et sa pertinence.
Le mot "jazz "
est assez récent dans le vocabulaire, il a été écrit pour la première
fois en 1917. Pour la signification de ce mot il y a plusieurs pistes
mais aucune n'est certaine :
"Jas" : argot sénégalais à forte signification
sexuelle.
"Jasm" : (dictionnaire de 1860) énergie, dynamisme,
vitalité.
"Jazz" : dériverait du mot chas, chase (chasse).
"Jazz" : définition de musiciens: il semblerait
quà l'époque de la mintrelsy il y avait un musicien, danseur
qui s'appelait "JASBO"
il était très populaire et chaque fois qu'il jouait le public criait
"we want more Jasbo".
"Jass" : jeu de cartes
La définition et la
compréhension du jazz sont difficiles pour les occidentaux car
nous avons besoin, suite à notre éducation, d'explications rationnelles.
La caractéristique de la culture africaine est la spontanéité et
la vitalité, les occidentaux échouent à définir le terme jazz car
ils ont besoin
de faire appel à une démarche
analytique, constituée de concepts logiques, rationnels et clairs.
Cette spontanéité leur est étrangère.
Nous, occidentaux:
si on parle de jazz, on parle de musique
si on parle de chant, on parle de Gospels
si on parle de mouvement, on parle de danse jazz
-
On devrait saisir le
jazz comme un tout, le saisir dans sa globalité culturelle,
musicale, et corporelle.
La danse jazz connaît
malheureusement d'impardonnables répulsions car elle n'est pas juste
une vulgaire gesticulation, elle n'est pas un dérivé du moderne
ou de la danse folklorique américaine pas plus qu'un dérivé des
comédies musicales telle que West Side Story.
Elle est tout ça en même
temps et c'est l'apport de la recherche des chorégraphes tel que
: Kathérine DUNHAM, Jack
COLE et plus récemment les chorégraphes modernes comme : Alvin
AILEY, Donald Mc. KAYLE, Talley
BEATTY et des professeurs comme Matt
MATTOX et LUIGI qui nous ont permis
de comprendre plus profondément l'aspect scénique de la danse jazz.
Aux Etats Unis la question
s'est posée de savoir pourquoi le jazz plaisait tant et était si
populaire parmi les jeunes. Souvent on appela la danse jazz "la
Soul dance" (la danse de l'âme). Le "soul" pouvait
signifier la sensibilité, l'expérience vécue, l'état d'accord parfait
avec les rythmes de son propre corps ou de celui des autres.
Danser jazz c'est pouvoir
réaliser tous les gestes que l'on désire sans souci de trahir un
courant artistique ou une école.
MATT
MATTOX : dans une interview de 1969 définissait la danse
jazz qu'il pratique par l'expression "free style". D'ailleurs
beaucoup de professeurs ou de chorégraphes appelaient dans les années
50 leur danse "free style" car ainsi ils échappaient aux
stéréotypes des gestes quotidiens mais aussi pouvaient puiser indifféremment
et délibérément dans des techniques classiques, modernes, folkloriques,
populaires et primitives pour en fin de compte les appréhender dans
leur propre sensibilité. Matt MATTOX explique avoir choisi le terme
"style" en référence au cadre stylistique dans le quel
son inspiration peut, c'est ce qu'on appelle en ce moment les "colorations,"
prenons comme exemple les colorations : - africaines, - indiennes
- latino, -espagnoles etc.
Si l'on considère les
formes variées qui ont nourri le développement de la danse jazz,
on découvre une palette de styles variés :
Le ballet classique.
La danse moderne et contemporaine.
La show dance (broadway, revues, cabaret T.V.).
La danse théâtrale "concert work".
La danse sociale (danse lisse, ballroom).
Les danses ethniques (danses africaines,
rituelles, indiennes, espagnoles, russes etc.)
La danse jazz est composée d'éléments
nombreux et variés aux apparences parfois incompatibles.
-
La cause de cette incompatibilité
provient de l'union paradoxale ayant donné naissance à cette danse
entre la tradition rituelle africaine et la tradition aristocratique
européenne.
Cela explique les tensions
entre les blancs et les noirs, le jeu populaire et l'art cultivé,
la passion et l'élégance. Et finalement ce ne sont pas des contradictions
mais au contraire des compléments. Si on enlevait une de ces composantes
on perdrait la qualité essentielle de la danse jazz.
Le jazz est-il une
expression vernaculaire ou universelle ?
Cest une alternative
qui alimente une controverse vieille d'un siècle et qui est presque
aussi virulente que de savoir si le jazz est d'origine noire ou
d'origine blanche. Ces oppositions sont d'ailleurs en étroite relation.
Isadora DUNCAN
qui était pourtant le fleuron de l'avant-garde américaine en danse,
dans son uvre autobiographique avait rejeté la danse académique
classique, rejetait aussi le jazz hors des frontières de l'Amérique.
Pour elle le jazz n'était pas une expression vernaculaire, ainsi
elle disait :" Il me paraît
monstrueux que l'on puisse penser que le rythme jazz exprime lAmérique.
Le rythme jazz exprime l'esclavage primitif ". (Elle nourrissait
un mépris pour le jazz).
Gus GIORDANO :
par contre considérait la danse jazz comme une identité typiquement
américaine et citait " La danse jazz et le jazz constitue l'unique
forme d'art qui a pu se cristalliser aux USA. Le jazz est une expression
d'un tempérament propre à l'Amérique. Le fait que la danse jazz
puise ses racines en Afrique et a été implantée par la suite aux
Etats Unis par les esclaves noirs, n'altère en rien le caractère
américain de cet art."
Reste naturellement la
thèse des noirs qui revendiquent entièrement l'identité du jazz
comme étant l'expression pure de leur communauté, pour eux cette
expression a été reprise sans cesse et récupérée par les blancs
(et la plus part du temps à but lucratif).
Il est difficile d'essayer
de régler ce conflit lié à la reconnaissance de la paternité de
la danse jazz, mais ce que l'on peut affirmer de source certaine
est que "le rythme percussion" vient du fond de l'Afrique
noire.
C'est du fond de la communauté
noire qu'arrive l'écho des rythmes africains, qui mêlé aux mélodies
hybrides européennes feront découvrir une musique qui émouvra la
population américaine. Cette musique savait traduire comme nulle
autre ; l'énergie, la mécanisation, la société industrielle, l'amour
de la vitesse qui caractérisait les Américains à cette époque.
Martha GRAHAM
et Anna DUNCAN déclaraient en 1929 que "la
forme était dynamique et distante, c'est une forme vers la liberté,
une danse pour oublier, souvent Dionysiaque dans son abandon et
dans la splendeur crue de son rythme".
Natacha NATOVA
brillante danseuse russe classique était folle du jazz et elle le
considérait comme l'expression parfaite du culte de l'énergie qu'avaient
les Américains à cette époque.
M. ROBERTS "
Cest une danse dans laquel le corps entier est employé comme
moyen d'expression, elle est à l'extrême l'opposée de la danse classique
qui est basée sur une convention d'un buste enfermé dans une armure
et qui décrit l'homme comme un animal qui virevolte sur ses orteils
exécutant des gestes gracieux avec la tête et les bras. En danse
jazz les hanches, le ventre et la poitrine entrent en action autant
que les jambes. La forme ressemble à la danse espagnole plus qu'à
toute autre, elle a la même tendance à développer une richesse de
dessins préétablis exigeant une exécution à la vitesse de l'éclair."
" Mais l'esprit de la danse jazz ne pouvait pas être compris
si l'on ne prenait pas en considération la musique jazz, car c'est
une forme de musique pleine d'énergie plutôt que débordante de spiritualité."
(Définition de la danse jazz pour Dance Magazine en 1929).
Mez MEZZROW : "Le
jazz na jamais cessé dévoluer, mais le jour où il a
trop évolué il a cessé dêtre jazz".
En résumé : C'est
une expression populaire et commerciale qui est née de la synthèse
des danses rituelles africaines avec les danses européennes, elles
ont interagi pendant 300 ans dans le creusé américain.
C'est une danse qui à
réussi la symbiose de deux traditions, elle accepte de devenir une
composition savante mais elle refuse de se couper de sa racine qui
est la danse africaine.