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ARTICLES DE PRESSE DIVERS
"Danseurs et pédagogues"

sommaire
:
MATT MATTOX , "Enseigner le jazz"
Wayne BARBASTE , "Ma danse jazz"
Gianin LORINGETT , "La danse jazz comme principe formateur"
Gianin LORINGETT, Interview par Eliane SEGUIN
Reney DESHAUTEURS, Interview par Saison de la danse

 
 
 
 
 
 
 

Matt MATTOX ; enseigner le jazz


Dés l'âge de onze ans, et avant même d'avoir pris un seul cours de danse, je savais danser et lorsque je dis "danser" je veux dire: faire des claquettes. Jusqu'à l'âge de seize ans je n'ai pratiqué que les claquettes. C'est peut-être pour cette raison que lorsque je parle de la danse jazz ou que je l'enseigne, j'insiste, avant toute autre chose, sur le rythme. Peu après mes 17 ans, on m'a conseillé d'étudier le classique, que j'ai abordé avec réticence puis qui m'a très vite passionné, au point de décider d'en faire ma carrière. A 20 ans, après dix-sept années d'apprentissage, j'ai découvert ce qu'on appelait la danse jazz. C'est à cette époque que j'ai rencontré Jack Cole, le maître incontesté d'alors. Ma vie a vraiment changé à ce moment-là. Je ne pensais plus à consacrer uniquement ma carrière au classique et envisageais la possibilité de travailler dans le cinéma, le théâtre, la comédie musicale. 

Bien que j'aie commencé à enseigner dès l'âge de 16 ans - à des enfants principalement à qui j'apprenais les claquettes - je ne me suis vraiment intéressé à l'enseignement que lors d'une tournée aux Etats-Unis, en tant que danseur étoile, dans une opérette, Song of Norway dont la chorégraphie, à l'origine, avait été assurée par George Balanchine. Les membres de la troupe m'ont demandé de faire classe tous les deux jours, en alternance avec la danseuse étoile. C’est à ce moment que j'ai pensé à gagner ma vie en enseignant. Un peu plus tard, lorsque je me suis mis à faire des comédies musicales, j'ai eu l’occasion de transmettre à mon tour ce que j'avais appris de Jack Cole. Les danseurs qui travaillaient alors dans des films ou des comédies musicales devaient savoir tout faire, de la dansé moderne au flamenco, en passant par le folklore russe ou les danses des Caraïbes. 

Jack Cole avait eu pour professeurs des chorégraphes tels que Ruth St-Denis, Ted Shawn ou Charles Weidman. I1 n'était donc pas étonnant de trouver dans son répertoire une diversité de styles qu'il employait abondamment et un formidable génie inventif. Après plusieurs années de cours donnés à des danseurs professionnels à New York, je me suis aperçu que le travail d'isolation leur faisait défaut. Ce que Jack maîtrisait à la perfection. Je voulais aider individuellement ces nombreux danseurs qui assistaient régulièrement à mes cours en s'inscrivant parfois deux semaines à l'avance. Un soir, alors que je rentrais chez moi en ruminant ce problème, je trouvai une méthode. Il s'agissait de commencer par la tête et de descendre progressivement jusqu'aux orteils en faisant faire des exercices d'isolation pour chaque partie du corps, de la plus grande à la plus petite. J'inventai, à partir des différents types de danse que j'avais étudiés avec Jack Cole, un certain nombre d'exercices, puis je demandai aux élèves de s'étendre au sol et de faire des exercices d'élongation et d'assouplissement. Après deux ans de ce travail, je complétais ma méthode et développais un travail plus personnel, expurgé de ma pratique des caquettes, du classique et d'autres formes de danses auxquelles j'avais eu affaire dans ma carrière, de façon à en extraire quelque chose de neuf. 

     

"I never repeat myself " 



Video recorded during the dance workshop at OFFJAZZ DANCE CENTRE february 2002

" I, for example you heard me say "what did I do today?" I've forgotten already! Never, never....never; I do an enchaînement in a class, I go axway from it, and one hour later someone says "what we do? Or I say "what did we do today?" And they have to remind me, I dont remember, I dont remember because I dont want to repeat myself...oui...because if you repeat yourself that's, that's ... that's cheating! The idea of beeing a teacher ... you have to invent inside your own capacity to keep developing. If you can't grow then your students are not "gonna" grow, oui ... and if the teacher stops beeing a student they might as well quit! Oui! Because working with your students you learn ... yourself ... many things ... "tu comprends mon englais" ....mhhh ok! "


A l'école de la vie

Pour la première fois de ma vie, j'ai pris conscience de la nature, des gens, des animaux, des oiseaux et des fleurs, toutes choses auxquelles je n'avais prêté aucune attention auparavant, trop occupé à n'être qu'une copie de Jack Cole. Avec le temps, j'ai pris conscience que la danse ne pouvait pas être enfermée dans une seule catégorie, qu'elle représentait, au contraire, un amalgame de tous les genres, mêlés aux choses mêmes de la vie. J'ai compris alors que les éléments de la création étaient innombrables et sans fin.
Avec les amateurs et les débutants, la chose la plus importante, à mes yeux, est de leur communiquer l ' amour de la danse en le s ramenant aux choses qui leur sont naturelles et quotidiennes: marcher, courir, se lever, s'asseoir, frapper dans un ballon, sauter à la corde, etc. La barre est ensuite le meilleur moyen de discipliner ces formes et de les transformer en mouvements de danse. Ils s'aperçoivent d'eux-mêmes que tout le monde peut apprendre à danser. Leur degré d'engagement dépend de leurs motivations, selon qu'ils envisagent de devenir professionnels ou simplement de se divertir. Toutefois, je m'adresse à tous comme à de futurs professionnel

Matt MATTOX 1991


 
 


Wayne Barbaste : ma danse Jazz    http://membres.lycos.fr/calabash/

"Historiquement, la danse jazz a connu un parcours radicalement différent de la musique, elle n'a pas bénéficié de sa reconnaissance, de son prestige. D'abord indissociable de la comédie musicale et partenaire coutumière du théâtre à New-York, elle est surtout associée aujourd'hui à la variété, par le fait de nombre de chorégraphes séduits par les plateaux de télévision, vendus à la demande commerciale et frivole des années 70 essentiellement.

Ce qu'est la danse jazz aujourd'hui, la faute en revient aussi aux créateurs qui n'ont pas su la défendre en prenant position au moment où Jack Lang a mis en place sa politique en faveur de la danse contemporaine. Tout le chemin reste à faire. La danse contemporaine est plus évoluée et plus accessible aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Si elle en a les moyens et l'opportunité, la danse jazz peut évoluer dans le même sens. J'ai monté à Paris une compagnie avec laquelle, pendant cinq ans, j'ai fait beaucoup de chorégraphie negro-spiritual, ça marchait très bien. Et puis je me suis posé la question : est-ce que je continue à épuiser ce que je sais déjà faire ? ­p; je suis parti en Bretagne m'enfermer dans une salle, je voulais tirer les leçons de 15 ans de travail en contemporain et en jazz, aux Etats-Unis et en France. je voulais surtout trouver une autre façon de communiquer, sortir de ce cocon stéréotypé qu'est devenue la danse jazz. Ce que je sens, ce que je veux du jazz est proche de l'idéologie contemporaine, avec un langage et des moyens propres.

En jazz, plus que la technique formelle ou l'expressivité du geste, c'est un travail rythmique, un travail sur l'espace qui prévalent. On apprend à se reconnaître comme mouvement dans l'espace, à développer ce vocabulaire gestuel comme outil pour l'expressivité. La dimension théâtrale est aussi un élément à intégrer, comme cela s'est produit pour la danse contemporaine dans les années 80. Je sens qu'une "révolution" est possible aujourd'hui pour le jazz parce que j'ai la preuve, à travers les professeurs qui suivent mes stages, qu'il y a un besoin de retrouver ou construire ensemble des valeurs perdues, d'explorer, d'inventer, de créer la danse jazz de demain".

Propos recueillis par H.S.



    Gianin LORINGETT ;   La danse jazz comme principe formateur

Gianin LORINGETT - offjazz.com

L'enseignement de la danse jazz s'appuie sur des éléments fondamentaux qui sont en rapport avec les caractéristiques essentielles de cette discipline. La progression des cours, depuis l'introduction à la danse jazz pour les enfants à la préparation des danseurs, doit respecter des directions de travail qui orientent l'élève vers un langage, une conscience du corps, une sensibilisation aux cultures, une expérience rythmique, l'expression des émotions, la communication aux autres et le sens du groupe, l'évasion hors du quotidien .... .

Dans la pédagogie de l'enfant, on peut se demander si c'est l'adulte qui forme l'enfant ou si c'est l'enfant qui, par ses désirs, son instinct , ses qualités naturelles, son raisonnement simple et logique, nous donne accès à ces fondements.

L'enfant aime bouger, aime danser; tout petit il sait faire seul, plus tard il faudra lui apprendre. Ceci est propre à nos cultures européennes; en Afrique, et autres pays où la danse fait partie intégrante du quotidien, l'enfant, le jeune, l'adulte ont toujours dansé pour s'exprimer, la danse est une réalité de la vie.

La danse jazz touche à une liberté, elle est vivante, colorée, authentique; elle est capable de traduire le désarroi de l'homme tout comme la chaleur communicative d'un groupe.Elle a posé ses fondements, développé des styles différents: au carrefour des cultures musicales et des rythmes divers, la danse jazz apparaît à la fois structurée et non conventionnelle.

Cette danse a gardé une spécificité profonde: on y découvre des origines ethniques, traditionnelles, raciales, ... . Jack COLE définissait la danse jazz comme " folklore urbain".

La forme peut être changé mais pas le fond. Que les jeunes s'expriment à travers le jazz-rock ou le rapp c'est normal, c'est une façon plus actuelle de communiquer entre eux, un code, un langage ... dont le pédagogue peut se servir pour comprendre, conseiller, mettre en confiance cette génération. La danse jazz est une réalité pédagogique parce que reflet des réalités de la vie sociale, et pour les jeunes, le besoin de rattachement à une image que le professeur va donner dans une société décousue où les repères ( familiaux, sociaux) sont souvent très flous. Image, souvent stéréotypée par des phénomènes de mode que recherchent les élèves et dont le professeur s'accommode par facilité ou par manque de formation.

Ce type de travail donne en résultat des danseurs certes, bien techniquement, mais la technique n'est elle pas seulement 50% du danseur? Combien de chorégraphes regrettent le manque d'intériorité, de participation créative, de sensibilité artistique, de personnalité, de puissance dans leur danse, de curiosité et d'intérêt pour les autres formes d 'art.

Malgré des courants contradictoires, la danse jazz a développé son propre langage, un vocabulaire à l'image du corps en mouvement, une mouvance spécifique qui met le danseur en jeu entre l'équilibre et la rupture.

La danse jazz: une ouverture culturelle, car la danse comme la musique jazz sont un "melting-pot ". D' où l'importance pour le professeur d'aller au-delà des frontières, au-delà des modes, d'aller en avant dans ses études comme en arrière dans ses recherches . C'est en étudiant l'histoire que l'on comprendra mieux l'évolution actuelle, que l'on pourra anticiper, et surtout savoir transmettre ce bagage culturel.

Je pense que la danse comme principe formateur de l'individu est un moyen, non seulement pour apprendre à danser mais aussi simplement pour apprendre à être.

Gianin LORINGETT , 1994





Interview pour le livre de Eliane SEGUIN: "HISTOIRE DE LA DANSE JAZZ" Edition: Chiron


ES: Qu’est -ce-que pour vous la danse jazz ?

GL: La danse jazz touche à une liberté, elle est vivante, colorée, authentique; elle est capable de traduire le désarroi de l'homme tout comme la chaleur communicative d'un groupe.
Elle a posé ses fondements, développé des styles différents ; au carrefour des cultures musicales et des rythmes divers, la danse jazz apparaît à la fois structurée et non conventionnelle.
Cette danse a gardé une spécificité profonde: on y découvre des origines ethniques, traditionnelles, raciales, …… Jack COLE définissait la danse jazz comme " folklore urbain".
La forme a peut être changé mais pas le fond.

Malgré des courants contradictoires, la danse jazz a développé son propre langage, son répertoire de styles qui parcourent l’évolution de la musique jazz. Un vocabulaire à l'image du corps en mouvement, une mouvance spécifique qui met le danseur en jeu entre l'équilibre et la rupture.

La danse jazz: une ouverture culturelle avant tout ; car la danse comme la musique jazz sont un "melting-pot ".
D' où l'importance pour le professeur d'aller au-delà des frontières, d'aller en avant dans ses études comme en arrière dans ses recherches . C'est en étudiant l'histoire de la danse jazz mais aussi l’histoire de l’art en général que l'on comprendra mieux l'évolution actuelle, que l'on pourra anticiper ; et, sur ce point, j’y mets un accent particulier : savoir aussi transmettre ce bagage culturel.
par-delà les modes tout en étant conscient de l’évolution actuelle.

Le jazz est, pour moi, un langage, une conscience du corps, une sensibilisation aux cultures, une expérience rythmique, l’expression des émotions, la communication aux autres et le sens du groupe, l’évasion hors du quotidien.
En même temps, il me semble normal que les jeunes s’expriment à travers le « funk», le « hip-hop » ou le « lyrical jazz » : c’est la façon actuelle de communiquer entre eux, c’est un langage voire un code,…. dont le professeur peut se servir pour mieux comprendre et rebondir par un travail basé sur le dialogue car il saura y inclure, avec habileté, les nouvelles tendances. La danse jazz est une réalité pédagogique parce qu’elle est le reflet des réalités de la vie sociale.


ES: Lorsque vous enseignez, quelles sont les caractéristiques inévitables sur lesquelles vous mettez l’accent ?

GL:Quelles sont vos préoccupations dans la formation des danseurs ?
La danse jazz n’étant pas codifiée comme la danse classique, elle nécessite une réceptivité du corps à la pulsation de la musique, à la fois organique et émotionnelle. C’est ce que l’on appelle le « feeling ». Dans l’absolu, on peut devenir un danseur classique par une logique mathématique, en jazz, tout comme en danse contemporaine, c’est impossible, en raison de l’adaptation constante liée au mouvement assez libre du corps dominant cette forme d’expression .
Cependant une approche exclusive par le style donne, en résultat, des danseurs plus libres dans l’expression, et la technique ? Ne fait-elle pas aussi partie de leur formation ? Les deux sont nécessaires.
Combien de chorégraphes regrettent le manque d’intériorité, de participation créative, de sensibilité artistique, de personnalité, de curiosité, et d’intérêt pour les autres formes d’art.

En tant que formateur je pousse énormément le développement technique du danseur. Avoir une technique de base solide permet au danseur d’accéder à une liberté totale afin de se consacrer exclusivement à l’interprétation . J’entends par ces mots, un corps préparé, disponible, l’acquisition d’un vrai vocabulaire ……
Le développement artistique est aussi d’une importance capitale ; dans le cas du jazz, la maturité du danseur fera la différence. La danse émotive actuelle que l’on appelle le « lyrical jazz » correspond à une danse sur une belle musique (souvent de la « soul music ») où l’interprétation se limite à une belle danse transmettant amour et tendresse. Pour moi, l’évolution artistique est la compréhension du théâtre, Dépasser son personnage pour entrer dans la peau d’un autre, comprendre le travail du chorégraphe, et l’enrichir avec des propositions cohérentes.

Je n’oublierai jamais un spectacle des derviches tourneurs (Turquie) dont la base de la danse est la giration continue vers un état divin. Ce qui était fascinant, c’était la façon dont le danseur tournait sur lui même et semblait nous raconter une histoire sans dire une parole. Il réussissait à transmettre au public l’essence de cette danse à travers une communication non verbale .Les hommes n’avaient pas vingt ans, et l’on ressentait bien une vie remplie d’expériences marquantes où la foi intense et l’immense culture faisaient partie de cette aspiration inébranlable.

Un élève est pour moi un horloge unique qu’il faut régler minutieusement. L’approche que j’en ai réside dans une mise en confiance par rapport au professeur – une étude du profil psychologique – une lecture du corps en faveur d’une compréhension des freins du mouvement – un dialogue à instaurer ; dans ces conditions, l’enseignement est efficace . Le meilleur terrain d’étude pour la pédagogie est celui des enfants car il ne cachent pas leurs émotions et vivent leur âge réel avec spontanéité ; chez les adultes, la société impose des codes de comportement, des modes et des modèles auxquels ils s’identifient ….

En tant qu’enseignant Il faut aussi avoir le courage de dire « non » , trop de gratifications superficielles font perdre les repères. Si enseigner, c’est, donner un cadre, savoir mettre des limites, orienter, conseiller, écouter, encourager, stimuler, ….. c’est aussi accepter de se glisser dans le courant actuel, se remettre en question, comprendre les attentes et les désirs des élèves, s’y adapter intelligemment pour éviter la rigidité.

Dans les cours je parle souvent de l’histoire de la danse : l’origine du jazz, les figures incontournables et leur contribution au développement, l’évolution liée à la politique, les problèmes sociaux, …. En jazz, on ne peut pas faire référence à « Giselle », il faut regarder la rue : c’est là que cela se passe, se développe, là, on commence à comprendre l’identité du jazz.
Diaghilev est mort, il n’y a plus de mécènes, il faut re apprendre à être autonome sans se laisser influencer par la superficialité, ou par ceux qui en tirent un bénéfice personnel ou commercial.
Un danseur qui danse bien, c’est la base de ce qui est demandé dans le métier, cela nous semble évident ; mais la fiabilité, la disponibilité, la constance, la curiosité sont des valeurs aussi importantes que l’on a tendance à oublier. Il est essentiel d’éclairer les jeunes danseurs sur la façon de gérer leur avenir professionnel.


Les danseurs ont, de nos jours, de grandes possibilités pour se former sérieusement, pour évoluer (Centres de Formation, Conservatoires, Compagnies implantées, Subventions, Documents vidéos, Festivals, Spectacles, ……et plus récemment le Centre National de la Danse qui est le poumon de la profession) .
Si je peux donner un conseil personnel aux jeunes qui envisagent ce métier :
Il ne faut pas seulement suivre des cours de danse, il faut s’informer sur le métier, faire des études en danse, et les terminer!


ES: Quelle est votre démarche chorégraphique ?
(les thématiques préférentielles, ce qui motive le choix de vos musiques, quelles relations entretenez- vous avec la musique ?)

GL: Mon travail en danse jazz peut se définir à la fois dans l’enseignement et dans la création. Je suis toujours resté fidèle a la danse jazz tout en développant des écritures différentes, et en essayant d’aller dans le sens de l’évolution des tendances actuelles sans m’y perdre. Il ne faut pas s’en approprier au premier degré, il vaut mieux s’en inspirer.
Je cherche à mettre en valeur l’artiste, chacune de mes chorégraphies est élaborée selon un contexte, dans une écriture spécifique, faite sur mesure pour le danseur, respectant sa personnalité. Ceci rend chaque œuvre différente de l’autre.

Je ne m’enferme pas dans un style unique ; j’ai eu un maître « Matt MATTOX » que je remercie tous les jours pour tout ce qu’il a pu m’apprendre, dont je garde l’essence du travail en jazz, qui n’est pas forcément le mouvement : cela peut être la rigueur, le professionnalisme, la tolérance, la philosophie,……. .
Mon rôle de pédagogue est de bien préparer les élèves aux diverses orientations du métier : l’ objectif étant de former un danseur total, polyvalent, ouvert, ayant une grande faculté d’adaptation, et non un clone ou un exécutant passif.

Le mouvement par lui-même, dans sa forme physique, ne m’intéresse que s’il parle, c’est l’intention du mouvement qui me motive ; l’intention peut être provoquée par une thématique, une émotion ou simplement par la musique. Chaque musique est unique, a une coloration spécifique, une odeur différente. Il faut visualiser, sentir,… Hélas, on n’utilise jamais tous nos sens ; il faut les inverser pour les réveiller et mieux comprendre. Danser, c’est aussi voir la musique et écouter la danse.

Comme je l’ai déjà évoqué, être jazz est un état d’esprit. Il m’est arrivé de faire des chorégraphies sur Bach ou Stravinsky, des musique pas vraiment jazz, mais là justement on crée un contraste très intéressant.

En tant que danseur, je deviens la musique, comme pédagogue, j’essaie de l’animer chez le danseur, et en tant que chorégraphe, je dois l’inspirer. Le chorégraphe donne, avec la chorégraphie, la matière première : c’est au danseur d’y mettre la vie. Travailler avec des clones n’à aucun intérêt, car il n’y a aucun échange.

ES: Parler d’une œuvre chorégraphique qui est la plus représentative de votre travail ; expliquez la démarche, les idées, l’évolution …

GL: Contrairement à ce que l’on peut penser ce n’est pas « KONGAS » (Ballet fétiche de OFFJAZZ DANCE COMPANY, basé sur une approche jazz de la danse africaine : « Le rythme du corps, le rythme de la forêt et le rythme de la terre »), mais plutôt « ROLANDO » un ballet à thème sur des musiques d’ Astor Piazzola, qui dénonce la dictature en Argentine à l’époque du Général FRANCO. Cette création a nécessité six mois de préparation avant d’en cerner la réalisation. J’ai dû me plonger dans la culture argentine, son histoire, essayer de comprendre ce que représente le Tango dans sa forme, sa symbolique, sa signification historique et sociale, l’horreur de la dictature, les déportations, les exécutions clandestines Mais sans oublier la passion, l’amour, et la tendresse. Les costumes étaient crées en trois couleurs ; le rouge bordeaux pour l’amour passionné, le noir pour la mort et le gris pour l’indifférence. Des bottes noires, des lunettes à reflet miroir pour la milice clandestine dont le rôle était d’éliminer les opposants au régime ……. Puis le travail spécifique de la mise en scène, la recherche d’une écriture spécifique qui soit pleinement dans le jazz, tout en respectant l’ensemble des éléments de fond de la recherche.

Cette création m’a beaucoup perturbé, car plus j’entendais la musique plus je ressentais ces émotions comme des lames de rasoir.. Comment faire passer ses états d’âme aux danseurs ? Finalement, je me suis détaché du rôle du chorégraphe pour entrer dans approche de théâtre inspiré par Becket et Stanislavski. Avec les danseurs, j’ai beaucoup parlé de l’histoire, expliqué les personnages , exigé et même provoqué (Il y avait une scène de torture particulièrement dérangeante).
L’écriture chorégraphique est finalement venue tout seule ; puissante et logique, froide et tendre selon les scènes.. Ce que je retiens de cette expérience est l’immersion totale au cœur d’une création d’où jailliront la thématique, la chorégraphie, la dramaturgie, la mise en scène.

Plus récemment, je viens de terminer un nouveau ballet avec musiciens sur scène, à propos des Aborigènes d’ Australie que j’ai nommé « Aborigenèse » ; c’est un essai, mais déjà je me rends compte que j’ai suivi la même démarche : recherche culturelle, adaptation et réalisation. Dans ce ballet l’élément déclencheur a été l’instrument de musique : le digeridoo . Un son tout a fait étrange dans lequel on voit la nature, les cris d’animaux, le rêve, et le noir de la nuit.
L’idée qui déclenche et facilite le cheminement de la création peut être une thématique , une émotion, mais, c’est souvent la musique qui m’inspire le plus.

La chorégraphie c’est, voir la musique et écouter la danse


Eliane SEGUIN / Gianin LORINGETT, juillet 2002


RENEY DESHAUTEURS   "Ma petite contribution au développement du jazz en France"



"LA MODERN JAZZ….à bâtons rompus"
Interview SAISONS DE LA DANSE (novembre 1971) .

Avant d’être une école soumise à des règles, la Modern’Jazz n’était, dans les années 50, « que l’expression d’instincts à l’état brut », qui variaient au gré de l’humeur, de l’ambiance du moment et même des origines du danseur. Pour être mieux comprise et suivie par le public, cette forme de danse devait évoluer et pour ce faire, il lui fallait des bases, et des bases classiques, car la danse classique est une des méthodes les plus complètes qui soient pour asseoir toute technique.
Le père de la Modern’Jazz, Jack Cole, est un danseur moderne passionné par les danses ethniques qui séduit par les possibilités nouvelles d’expression qu’offrait la danse « négroïde », abandonna les aspects rigides de la danse classique et les mouvements poussés à l’extrême limite des possibilités musculaires et articulaires du danseur. Tous aspects qui contribuent à lui donner une expression « surnaturelle » et lui interdisent bien souvent de s’extérioriser. Jack Cole choisit délibérément de travailler la décontraction, la disponibilité musculaire et de suivre l’inspiration du moment pour créer une forme nouvelle d’expression qui, reposant sur des bases classiques, n’en reste pas moins animée et marquée du sceau de l’humain (morphologie, ambiance : hot ou cool…). Il s’est inspiré des danses hindoues caractérisées par la synchronisation de petits mouvements rapides par l’isolation des bras, des mains, de la tête et du bassin, et des danses espagnoles dans lesquelles les membres supérieurs conservent un maximum de décontraction pendant que les jambes effectuent leurs mouvements propres (frappés secs, tours sur les genoux, etc….).
C’est ainsi qu’après avoir été simplement une danse « jazz » où n’intervenaient que l’inspiration, l’humeur, ou même l’origine ethnique de quelques individualités, cette danse s’est petit à petit acheminée vers une forme «moderne » et structurée. Elle possède maintenant ses maîtrises, ses écoles, une chorégraphie, une technique et bientôt elle aura un livret que de nombreux professeurs et moi-même cherchons à écrire. Toute cette évolution est due à Jack Coole, à ses successeurs et aujourd’hui à Jérôme Robbins.
Dès lors, l’interprétation ne pouvait plus être le fait unique d’un danseur mû par l’inspiration du moment, mais une manière de ballet écrit, qui permet en l’absence de son créateur, de retrouver à volonté le thème chorégraphique fondamental. Cette formule intéressante permet de maintenir la continuité et le renouvellement d’expressions émotionnelles en leur apportant le soutien d’une infrastructure technique.Toutefois, cette forme de danse, attachée à conserver la richesse de l’apport personnel et le potentiel émotionnel de l’interprète, devra se garder de sortir exagérément du cadre imposé par le thème, car certains danseurs, ayant par trop recours à l’improvisation, se laissent entraîner dans une voie par trop « sexy » et ainsi perdent le contact du public… De même que la quadrille a été la danse d’une époque , la Modern’Jazz s’intègre parfaitement dans notre civilisation. Le corps retrouve sa signification par la liberté de mouvements qui lui est accordée (cela ne veut pas dire qu’il soit suffisant de sacrifier aux seuls mouvements de balancement des bras ou du bassin pour être un « jazz dancer ». En France, certains danseurs classiques ratés, pensant qu’elle suffirait à leur éthique, ont cru pouvoir se révéler par la Modern’Jazz. Leur erreur fut d’oublier que, mauvais interprètes classiques, ils resteraient mauvais danseurs modernes tant qu’ils refuseraient de se plier à une nouvelle discipline venant compléter la bagage technique qu’ils possédaient déjà. N’oublions pas que, tout comme la danse espagnole, le jazz est un folklore, et n’est pas « jazz’dancer » qui veut. A mes débuts, après avoir appris l’A.B.C. de cette technique, en France, avec un professeur américain, j’eus très vite la certitude que mes possibilités d’enseignement seraient limitées, car je ne retrouvais pas à Paris le « swing » de tous les jours qu’ont les Américains. Il me fallait alors retourner aux origines du jazz, en Amérique, où déjà plusieurs écoles s’affrontaient et pourtant se développaient ( Pour se confronter, ces écoles avaient besoin de se constituer un langage commun : la technique)
Professeur, j’aspire à retrouver dans ces classes de jeunes cette motivation profonde de ma propre jeunesse alors qu’a force de volonté et d’orgueil nous ressentions tous la joie d’exécuter une ,deux, voire trois pirouettes de plus et l’acquis du moment n’était jamais définitif, la difficulté nous attirait. La Modern’Jazz ne doit pas rester ignorée du grand public qui trop souvent a tendance à se rendre complice de nombreuses autres formes, généralement vulgaires, imposées sous l’étiquette jazz; de plus, les jeunes par leur éducation même sont enclins à refuser les différentes techniques et il leur suffit alors de claquer des doigts pour s’identifier à un des danseurs de “West Side Story”. Or, cette technique indispensable, améliorée sans cesse par de constants et monotones exercices, inlassablement répétés jusqu’à ce qu’ils deviennent en quelque sorte automatiques, arrivera un jour à constituer non plus un enchaînement d’exercices, mais une véritable figure chorégraphique digne d’être intégrée dans un thème.

Site officiel de Reney DESHAUTEURS (http://www.reneydeshauteurs.fr/)


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