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gianin loringett


                                        Gianin LORINGETT

Gianin LORINGETT - offjazz.com

01) Gianin LORINGETT ; La danse jazz comme principe formateur juillet 1994

02) INTERVIEW de LAURENCE COMMANDEUR   février 1998

03) INTERVIEW GIANIN LORINGETT   août 1998

04) INTERVIEW pour le livre de Eliane SEGUIN: "Histoire de la danse jazz" 2002

05) LA DANSE JAZZ ET LES CLAQUETTES octobre 2008

06) LA DANSE JAZZ DANS UNE SOCIETE LIQUIDE janvier 2009




GIANIN LORINGETT; LA DANSE COMME PRINCIPE FONDATEUR

L'enseignement de la danse jazz s'appuie sur des éléments fondamentaux qui sont en rapport avec les caractéristiques essentielles de cette discipline. La progression des cours, depuis l'introduction à la danse jazz pour les enfants à la préparation des danseurs, doit respecter des directions de travail qui orientent l'élève vers un langage, une conscience du corps, une sensibilisation aux cultures, une expérience rythmique, l'expression des émotions, la communication aux autres et le sens du groupe, l'évasion hors du quotidien .... .

Dans la pédagogie de l'enfant, on peut se demander si c'est l'adulte qui forme l'enfant ou si c'est l'enfant qui, par ses désirs, son instinct , ses qualités naturelles, son raisonnement simple et logique, nous donne accès à ces fondements. L'enfant aime bouger, aime danser; tout petit il sait faire seul, plus tard il faudra lui apprendre. Ceci est propre à nos cultures européennes; en Afrique, et autres pays où la danse fait partie intégrante du quotidien, l'enfant, le jeune, l'adulte ont toujours dansé pour s'exprimer, la danse est une réalité de la vie.

La danse jazz touche à une liberté, elle est vivante, colorée, authentique; elle est capable de traduire le désarroi de l'homme tout comme la chaleur communicative d'un groupe. Elle a posé ses fondements, développé des styles différents: au carrefour des cultures musicales et des rythmes divers, la danse jazz apparaît à la fois structurée et non conventionnelle.

Cette danse a gardé une spécificité profonde: on y découvre des origines ethniques, traditionnelles, raciales, ... . Jack COLE définissait la danse jazz comme " folklore urbain".

La forme peut être changé mais pas le fond. Que les jeunes s'expriment à travers le jazz-rock ou le rap c'est normal, c'est une façon plus actuelle de communiquer entre eux, un code, un langage ... dont le pédagogue peut se servir pour comprendre, conseiller, mettre en confiance cette génération. La danse jazz est une réalité pédagogique parce que reflet des réalités de la vie sociale, et pour les jeunes, le besoin de rattachement à une image que le professeur va donner dans une société décousue où les repères ( familiaux, sociaux) sont souvent très flous. Image, souvent stéréotypée par des phénomènes de mode que recherchent les élèves et dont le professeur s'accommode par facilité ou par manque de formation.

Ce type de travail donne en résultat des danseurs certes, bien techniquement, mais la technique n'est elle pas seulement 50% du danseur? Combien de chorégraphes regrettent le manque d'intériorité, de participation créative, de sensibilité artistique, de personnalité, de puissance dans leur danse, de curiosité et d'intérêt pour les autres formes d 'art.

Malgré des courants contradictoires, la danse jazz a développé son propre langage, un vocabulaire à l'image du corps en mouvement, une mouvance spécifique qui met le danseur en jeu entre l'équilibre et la rupture.

La danse jazz: une ouverture culturelle, car la danse comme la musique jazz sont un "melting-pot ". D' où l'importance pour le professeur d'aller au-delà des frontières, au-delà des modes, d'aller en avant dans ses études comme en arrière dans ses recherches . C'est en étudiant l'histoire que l'on comprendra mieux l'évolution actuelle, que l'on pourra anticiper, et surtout savoir transmettre ce bagage culturel.

Je pense que la danse comme principe formateur de l'individu est un moyen, non seulement pour apprendre à danser mais aussi simplement pour apprendre à être.

Document écrit à la demande du Ministère de la culture

Gianin LORINGETT , 1994


INTERVIEW  DE   LAURENCE  COMMANDEUR   février 1988

 

Monsieur LORINGETT, quelles sont les aptitudes musicales que demande nécessairement la pratique
de la danse jazz ?
En quoi diffèrent-elles d'un danseur classie

La danse jazz n’étant pas codifiée comme la danse classique, elle nécessite une réceptivité du corps à la pulsation de la musique, à la fois organique et émotionnelle. C’est ce que l’on appelle le " feeling ". Dans l’absolu, si on peut devenir danseur classique par une logique mathématique, en danse jazz c’est impossible, en raison de l’adaptation constante liée au mouvement assez libre du corps dominant cette forme d’expression.

Quels exemples de travail musical proposez-vous pour aborder les exercices d'isolation, de dissociation et de coordination ?

L’isolation et la dissociation font partie de la maîtrise des différents segments du corps, c’est un travail très technique. Afin d’obtenir pleine concentration de la part des élèves, je n’utilise pas de musique en dominante, mais seulement un support rythmique exécuté au tambourin .

Quelles sont les principales difficultés d'ordre musical que rencontrent les danseurs jazz ?
Le problème actuel se situe dans la musique " mode ", celle préférée des jeunes . C'est une musique primitive dans sa structure, on peut même la qualifier de tribale : elle regroupe en " tribus " et accentue ce phénomène social. Cette musique est uniquement basée sur le rythme : très percussive , même le chant y est une répétition phonétique. Les jeunes s’y adonnent avec passion dans les discothèques, mais il est évident que tous les danseurs issus de cette génération ont du mal à gérer les syncopes, le phrasé, les colorations, et ne parlons pas des interchanges binaire - ternaire.

Est-il nécessaire de connaître le répertoire de la musique jazz lorsqu'on pratique la danse jazz ?
Non, pas pour le danseur, la culture actuelle du jazz se passe dans le quotidien. La danse jazz n'est pas forcement liée à la musique jazz. Le mot jazz est en relation avec une époque : Duke ELLINGTON, Count BASIE, Jimmy SMITH, Thélonious MONK ….Maintenant, le jazz c'est le hip-hop, le funk, le rap, l'acid, la transe, la techno. Le grand danseur chorégraphe Jack COLE disait "jazz is urban folk" (le jazz c'est du folklore urbain).

Mènez-vous des projets communs avec les professeurs de formation musicale et, si oui, de quelle manière ?
J’ai effectivement collaboré à plusieurs reprises à des productions dites musicales, mais mon rôle a été limité à faire danser les danseurs, à mon grand regret. ……Les musiciens jouaient (statique) , le chœur chantait (statique) ! …. Je n’appelle pas cela une collaboration.

Les musiciens sont peut-être des virtuoses des mains, mais ils sont sourds des pieds ! J’ai souvent proposé des stages à des musiciens (dans le domaine des claquettes ou du solfège corporel) : on se heurte souvent à une incompréhension de la part des directeurs de structures qui n’y voient pas cette complémentarité en matière de formation musicale. Comment découvrir et comprendre toutes les ressources du corps si l’on ne part que de l’extérieur ? Il semblerait que pour le musicien, la musique ne doive passer que par la tête…… .

Ce qui est d’autant plus étonnant que dans la formation musicale du danseur, à l’opposé, l’accent est mis sur la polyvalence sensorielle. Jacques DALCROZE avait déjà bien insisté sur ces aspects !

Les cours de danse jazz sont-ils accompagnés au centre par un musicien "vivant ?" Sur quels éléments repose la complicité qui peut s'instaurer entre les élèves, l'accompagnateur et le professeur ?
Personnellement, je fais partie de la génération qui utilise le " Wigman drum " (tambourin) dans les cours. J’ai développé une technique du frappé très particulière qui me permet de jouer une variété de 5 sons et plus. Le tambourin est utilisé surtout pour la barre et les diagonales ce qui me permet à travers un jeu rythmique riche en accents, syncopes, de sensibiliser l’oreille des danseurs à une percussion variée, et de modifier les tempi. Pour compléter cette sensibilisation , j’enseigne aux élèves l’utilisation du tambourin ; de ce fait, ils développent une bonne oreille au rythme, et il m’arrive même d’en mettre certains en situation de musiciens accompagnant des parties du cours . Avec trois danseurs, un au tambourin, un aux claves, un aux maracas, on peut déjà développer des bases d’accompagnement en danse jazz.

Ayant participé à de nombreuses " jam-sessions " (guitare jazz), j’ai eu la chance de vivre la musique en tant que musicien dans des clubs de jazz, ce qui m’a permis de vivre cette atmosphère très chaude et intime présente dans ces lieux. Ces expériences me sont très utiles quand je collabore avec des musiciens dans mes cours, car c’est un échange, ils font partie intégrante du cours. Il m’arrive même de suivre le batteur afin de ne pas casser l’ambiance qu’il crée. J’ai eu le plaisir de travailler avec un pianiste classique et un batteur jazz : y- a-t’il mieux que Bach pour les réunir musicalement ?

En Italie, j’ai eu l’agréable surprise, lors d’un stage, d’avoir un combo latino de 4 musiciens : mambo, rumba, cha-cha ….. un régal ! Mais l’expérience la plus forte, je l’ai vécue à Paris : j’avais un musicien percussionniste africain au djembé, et vu qu’un djembé en appelle un autre, il m’arrivait de donner des cours avec 4 excellents percussionnistes…. Il va de soi que je ne les arrêtais pas pour corriger le port de bras d’un élève, ces moments étaient marquants par les musiciens qui menaient le rythme du cours. Ce qui était le plus fort, est le fait que les danseurs n’ont pas appris à danser : ils ont dansé. Dans la pédagogie, actuellement, il y a tellement le souci de suivre un programme, une progression technique, que l’on en arrive à oublier de laisser aller pour faire danser.

Proposes-tu, dans des ateliers par exemple, de travailler dans le silence, et quel en est le bénéfice sur la qualité du mouvement ?
Dans le jazz, on a moins l’habitude de faire des ateliers, c’est plus une spécificité de la danse contemporaine. Par contre, j’ai développé un travail de solfège corporel constitué de frappes de mains, pieds et sur le corps, dans des séquences précises. Par l’expérience, je me suis ainsi rendu compte que nous avons trois niveaux de perception du rythme : LE CERVEAU pour la compréhension, LES BRAS pour la communication et l’affectif, LES PIEDS pour les appuis et le rapport à la terre. Ce que je propose est basé sur l’alternance et la relation entre ces trois éléments. Les rythmes sont exécutés avec les mains , les pieds, avec la voix, et, mentalement en silence (développant la notion d’intervalle).

La formation musicale du danseur lui est utile . Et pourquoi ?
Elle lui permet d’entrer dans la musique avec le mouvement. On évitera ainsi qu’il danse dans un monde sonore informe, car on éveille une sensibilité, on fait naître une curiosité puis un désir de connaître, on apporte une culture .

Que peux-tu dire de ta relation avec la musique, en tant que danseur interprète et non plus en tant que pédagogue ?
Le mouvement en lui-même ne m'intéresse pas, c'est l'intention du mouvement qui me motive, l'intention peut être provoquée justement par la musique. Chaque musique est unique, une coloration spécifique, une odeur différente.
Il faut visualiser, sentir, mais on n’utilise jamais tous nos sens ; il faut les inverser pour les réveiller et mieux comprendre.
En tant que danseur, je deviens la musique, comme pédagogue, j’essaie de l’animer chez le danseur.

Que signifie être musical en danse jazz ?
C'est voir la musique et écouter la danse.

Cet interview fait par Laurence Commandeur fût réalisé dans le cadre de ses travaux sur "la formation musicale des danseurs"
Livre de poche édité par la Direction de la musique et de la danse du Ministère de la Culture. 




INTERVIEW    DE  A. CATEL   revue   "DANSE LIGHT"  Août 1998

Gianin LORINGETT est Suisse, né en 1948, il a travaillé en qualité de danseur, professeur, chorégraphe, en majeure partie à Zurich, Paris, Londres, Nice, Barcelone, Torino, Tokyo, ….. mais il est aussi invité régulièrement sur d’autres pays pour différentes manifestations.
Il fait des études aux Beaux-Arts en Suisse, se passionne pour la musique, démarre la danse dans la petite école de Romy Raas-Bickel, puis part à Londres se former en danse jazz avec Matt MATTOX pendant 5 ans. Outre l’excellent enseignement de ce maître (qu’il assistera à la fin de ses études), il en profite pour approfondir d’autres disciplines telles que la danse classique , moderne (technique Graham), la danse espagnole, afro-cubaine, les claquettes, diverses techniques en danse jazz ( Luigi, Jo-Jo SMITH, Lenny DALE , Claude THOMPSON, Talley BEATTY) avec professeurs et chorégraphes de renom.
Sa carrière d’artiste démarre avec l’engagement dans " JAZZART DANCE COMPANY " dirigée par Matt Mattox à Londres et à Paris, et tout le reste s’ensuivra : dans " Tannhauser " production en Allemagne chorégraphe John Neumeier, " West Side Story " (Europe tour) où il interprète le rôle de Diesel et double celui de Riff, le cabaret à Barcelone, à Paris au Paradis Latin direction J-M Rivière, " La
Fugue " comédie musicale dirigée par Alexis Weissenberg, " Magic Show " avec V.Upshaw, les Festivals d’Opéra de Bayreuth, Zaragoza …..., la télévision dont les productions marchaient fort à PARIS avec les Carpentier, Sylvie Vartan, " L’Enfant Divin " spectacle pour le Festival de Musique Sacrée de Nice dirigé par Pierre Cochereau et Rosella Hightower, la mode, le cinéma (metteurs en scène M.Lang, M.Jakim, Arcadi…) à Paris et aux Studios de la Victorine à Nice.

Ces expériences professionnelles font mûrir en lui un talent de créateur qui l’incite à aller vers la chorégraphie, à développer une liberté d’expression vers la sensation, l’impulsion du quotidien 
:" Le mouvement en lui-même ne m’intéresse pas, c’est l’intention du mouvement qui me motive ; l’intention peut être provoquée par une thématique, une émotion ou simplement par la musique. Chaque musique est unique, a une coloration spécifique, une odeur différente. Il faut visualiser, sentir, …. Hélas on n’utilise jamais tous nos sens ; il faut les inverser pour les réveiller et mieux comprendre. Danser, c’est aussi voir la musique et écouter la danse.

"Quelles ont été vos étapes les plus marquantes dans la création chorégraphique" ?
Parmi mes premières expériences, une chorégraphie préparée pour une candidate au Concours de Lausanne qui a obtenu le 1er Prix Moderne : cela m’a encouragé à songer sérieusement à la chorégraphie. Là-dessus, j’ai enchaîné avec le Festival de Musique Sacrée de Nice, la Compagnie Big Bazar de Michel Fugain, la comédie musicale " Attention fragile " pour A.Duperey et B.Giraudeau, " Tupac Tosco " une vision chorégraphique de l’Argentine, des comédies musicales pour enfants à Paris et à Nice, " Christmas " comédie musicale sur Noël à Bologna, " Trouble in Tahiti " sur une musique de L.Bernstein, commande du Grenier de Bourgogne pour une tournée en France, ……..

De nombreuses pièces de chorégraphie, des comédies musicales, où j’ai eu à diriger tour à tour danseurs, comédiens, musiciens, avec un immense plaisir ; je cherche à mettre en valeur l’artiste, chacune de mes chorégraphies est élaborée selon un contexte et dans une écriture spécifique qui rend chaque œuvre différente de l’autre.

Lorsque j’ai créée ma compagnie " OFF JAZZ DANCE COMPANY " à Paris, je voulais présenter au public diverses facettes de la danse jazz, synthèse d’une recherche personnelle sur les influences ethniques (espagnole, indienne, afro-cubaine, latine, …….). Les ballets " Kongas " (africain), " Rolando " (argentin), " Tandava " (indien), en sont une illustration marquante.

"Qu’est-ce qui vous a amené à enseigner" ?
A la base, j’aime transmettre , guider les danseurs et les aider dans leur évolution artistique. Avec la compagnie, l’enseignement me paraissait indispensable pour développer la polyvalence de l’interprète :il doit répondre à la diversité des styles de danse tout en gardant sa personnalité. Ce qui a permis à de jeunes danseurs tels que Georgette Kala-Lobé, Annatina Hug, Claude Coldy, Serge Ricci, Patrice Valéro,Géraldine Armstrong,…… et plusieurs autres encore dans les années suivantes, de confirmer leurs qualités d’artiste à travers le répertoire de la compagnie " OFF JAZZ " souvent en tournée en Europe .Des danseurs représentatifs de la danse jazz, ayant une grande faculté d’adaptation,une formidable cohésion entre eux, une beauté et une puissance du geste…..Ce sont les points positifs que je recherche en tant que chorégraphe et que, précisément, je m’efforce de développer, avec la technique, dans mon enseignement.

Professeur pendant de nombreuses années à Paris, Zurich, Cannes, le Centre de Formation en Danse que je dirige à Nice me donne un pôle fixe d’activité et la possibilité de répondre à des demandes de collaboration venant de l’étranger
(stages, festivals, colloques, chorégraphies, ….).

Des expériences de l’enseignement, multiples et riches à la fois, qui m’ont amené à une vision globale du jazz vers une synthèse personnelle de la pédagogie.

"Quelles sont vos préoccupations dans la formation des danseurs" ?
La danse jazz n’étant pas codifiée comme la danse classique, elle nécessite une réceptivité du corps à la pulsation de la musique, à la fois organique et émotionnelle. C’est ce que l’on appelle le " feeling ". Dans l’absolu, on peut devenir un danseur classique par une logique mathématique, en jazz, c’est impossible, en raison de l’adaptation constante liée au mouvement assez libre du corps dominant cette forme d’expression .

Le jazz est, pour moi, un langage, une conscience du corps, une sensibilisation aux cultures, une expérience rythmique, l’expression des émotions, la communication aux autres et le sens du groupe, l’évasion hors du quotidien.En même temps, il me semble normal que les jeunes s’expriment à travers le funk et le hip-hop : c’est leur façon de communiquer, leur code, leur langage, dont le professeur peut se servir pour comprendre, conseiller, mettre en confiance la génération actuelle. La danse jazz est une réalité pédagogique parce que reflet des réalités de la vie sociale. Mais c’est insuffisant, car cette approche donne, en résultat, des danseurs certes bien dans un style, mais la technique n’est elle pas seulement 50% de leur formation ?Combien de chorégraphes regrettent le manque d’intériorité, de participation créative, de sensibilité artistique, de personnalité, de curiosité, et d’intérêt pour les autres formes d’art.Je ne peux qu’encourager les jeunes qui envisagent ce métier, en les incitant tout de même à suivre une solide formation polyvalente, avec une ouverture sur le monde et les arts en général.

"Comment concevez-vous cette ouverture sur le monde" ?
Déjà dans la culture qu’un professeur saura apporter dans ses cours : éléments historiques, expériences scéniques vécues, connaissances musicales, les techniques et les styles, le répertoire, …….. .Mais aussi par d’autres moyens technologiques actuels, par exemple, le multimédia.J’ai développé un site web " danse " sur internet proposant services et documentations diverses ( http://www.offjazz.com ), afin de répondre à une demande internationale. Mes objectifs seraient de mettre à disposition des élèves en études professionnelles du
Centre, deux postes internet pour leur permettre une initiation, tout en leur donnant accès aux informations concernant le marché de la danse (offres d’emploi, auditions, informations sur les compagnies, documents pédagogiques, ….) et les contacts avec d’autres danseurs à l’étranger.En conclusion, les danseurs ont de nos jours, des possibilités étonnantes pour se former et pour évoluer (Centres de Formation, Conservatoires, Compagnies implantées, Subventions, Documents vidéos, Festivals, Spectacles, …….) .Si je peux donner un conseil personnel aux jeunes qui envisagent ce métier Il ne faut pas seulement suivre des cours de danse, mais faire des études en danse, et les terminer ! A.CANTEL



Interview pour le livre de Eliane SEGUIN: "HISTOIRE DE LA DANSE JAZZ"

ES: Qu’est -ce-que pour vous la danse jazz ?

GL: La danse jazz touche à une liberté, elle est vivante, colorée, authentique; elle est capable de traduire le désarroi de l'homme tout comme la chaleur communicative d'un groupe.
Elle a posé ses fondements, développé des styles différents ; au carrefour des cultures musicales et des rythmes divers, la danse jazz apparaît à la fois structurée et non conventionnelle.
Cette danse a gardé une spécificité profonde: on y découvre des origines ethniques, tribales,traditionnelles, …… Jack COLE définissait la danse jazz comme " folklore urbain".
La forme a peut être changé mais pas le fond.

Malgré des courants contradictoires, la danse jazz a développé son propre langage, son répertoire de styles qui parcourent l’évolution de la musique jazz. Un vocabulaire à l'image du corps en mouvement, une mouvance spécifique qui met le danseur en jeu entre l'équilibre et la rupture.

La danse jazz: une ouverture culturelle avant tout ; car la danse comme la musique jazz sont un "melting-pot ".
D' où l'importance pour le professeur d'aller au-delà des frontières, d'aller en avant dans ses études comme en arrière dans ses recherches . C'est en étudiant l'histoire de la danse jazz mais aussi l’histoire de l’art en général que l'on comprendra mieux l'évolution actuelle, que l'on pourra anticiper ; et, sur ce point, j’y mets un accent particulier : savoir aussi transmettre ce bagage culturel.
par-delà les modes tout en étant conscient de l’évolution actuelle.

Le jazz est, pour moi, un langage, une conscience du corps, une sensibilisation aux cultures, une expérience rythmique, l’expression des émotions, la communication aux autres et le sens du groupe, l’évasion hors du quotidien.
En même temps, il me semble normal que les jeunes s’expriment à travers le « funk», le « hip-hop » ou le « lyrical jazz » : c’est la façon actuelle de communiquer entre eux, c’est un langage voire un code,…. dont le professeur peut se servir pour mieux comprendre et rebondir par un travail basé sur le dialogue car il saura y inclure, avec habileté, les nouvelles tendances. La danse jazz est une réalité pédagogique parce qu’elle est le reflet des réalités de la vie sociale.

ES: Lorsque vous enseignez, quelles sont les caractéristiques inévitables sur lesquelles vous mettez l’accent ?
GL:Quelles sont vos préoccupations dans la formation des danseurs ?
La danse jazz n’étant pas codifiée comme la danse classique, elle nécessite une réceptivité du corps à la pulsation de la musique, à la fois organique et émotionnelle. C’est ce que l’on appelle le « feeling ». Dans l’absolu, on peut devenir un danseur classique par une logique mathématique, en jazz, tout comme en danse contemporaine, c’est impossible, en raison de l’adaptation constante liée au mouvement assez libre du corps dominant cette forme d’expression .
Cependant une approche exclusive par le style donne, en résultat, des danseurs plus libres dans l’expression, et la technique ? Ne fait-elle pas aussi partie de leur formation ? Les deux sont nécessaires.
Combien de chorégraphes regrettent le manque d’intériorité, de participation créative, de sensibilité artistique, de personnalité, de curiosité, et d’intérêt pour les autres formes d’art.

En tant que formateur je pousse énormément le développement technique du danseur. Avoir une technique de base solide permet au danseur d’accéder à une liberté totale afin de se consacrer exclusivement à l’interprétation . J’entends par ces mots, un corps préparé, disponible, l’acquisition d’un vrai vocabulaire ……
Le développement artistique est aussi d’une importance capitale ; dans le cas du jazz, la maturité du danseur fera la différence. La danse émotive actuelle que l’on appelle le « lyrical jazz » correspond à une danse sur une belle musique (souvent de la « soul music ») où l’interprétation se limite à une belle danse transmettant amour et tendresse. Pour moi, l’évolution artistique est la compréhension du théâtre, Dépasser son personnage pour entrer dans la peau d’un autre, comprendre le travail du chorégraphe, et l’enrichir avec des propositions cohérentes.

Je n’oublierai jamais un spectacle des derviches tourneurs (Turquie) dont la base de la danse est la giration continue vers un état divin. Ce qui était fascinant, c’était la façon dont le danseur tournait sur lui même et semblait nous raconter une histoire sans dire une parole. Il réussissait à transmettre au public l’essence de cette danse à travers une communication non verbale .Les hommes n’avaient pas vingt ans, et l’on ressentait bien une vie remplie d’expériences marquantes où la foi intense et l’immense culture faisaient partie de cette aspiration inébranlable.

Un élève est pour moi un horloge unique qu’il faut régler minutieusement. L’approche que j’en ai réside dans une mise en confiance par rapport au professeur – une étude du profil psychologique – une lecture du corps en faveur d’une compréhension des freins du mouvement – un dialogue à instaurer ; dans ces conditions, l’enseignement est efficace . Le meilleur terrain d’étude pour la pédagogie est celui des enfants car il ne cachent pas leurs émotions et vivent leur âge réel avec spontanéité ; chez les adultes, la société impose des codes de comportement, des modes et des modèles auxquels ils s’identifient …

En tant qu’enseignant Il faut aussi avoir le courage de dire « non » , trop de gratifications superficielles font perdre les repères. Si enseigner, c’est, donner un cadre, savoir mettre des limites, orienter, conseiller, écouter, encourager, stimuler, ….. c’est aussi accepter de se glisser dans le courant actuel, se remettre en question, comprendre les attentes et les désirs des élèves, s’y adapter intelligemment pour éviter la rigidité.

Dans les cours je parle souvent de l’histoire de la danse : l’origine du jazz, les figures incontournables et leur contribution au développement, l’évolution liée à la politique, les problèmes sociaux, …. En jazz, on ne peut pas faire référence à « Giselle », il faut regarder la rue : c’est là que cela se passe, se développe, là, on commence à comprendre l’identité du jazz.
Diaghilev est mort, il n’y a plus de mécènes, il faut re apprendre à être autonome sans se laisser influencer par la superficialité, ou par ceux qui en tirent un bénéfice personnel ou commercial.
Un danseur qui danse bien, c’est la base de ce qui est demandé dans le métier, cela nous semble évident ; mais la fiabilité, la disponibilité, la constance, la curiosité sont des valeurs aussi importantes que l’on a tendance à oublier. Il est essentiel d’éclairer les jeunes danseurs sur la façon de gérer leur avenir professionnel.

Les danseurs ont, de nos jours, de grandes possibilités pour se former sérieusement, pour évoluer (Centres de Formation, Conservatoires, Compagnies implantées, Subventions, Documents vidéos, Festivals, Spectacles, ……et plus récemment le Centre National de la Danse qui est le poumon de la profession) .
Si je peux donner un conseil personnel aux jeunes qui envisagent ce métier :
Il ne faut pas seulement suivre des cours de danse, il faut s’informer sur le métier, faire des études en danse, et les terminer!

ES: Quelle est votre démarche chorégraphique ?
(les thématiques préférentielles, ce qui motive le choix de vos musiques, quelles relations entretenez- vous avec la musique ?)

GL: Mon travail en danse jazz peut se définir à la fois dans l’enseignement et dans la création. Je suis toujours resté fidèle a la danse jazz tout en développant des écritures différentes, et en essayant d’aller dans le sens de l’évolution des tendances actuelles sans m’y perdre. Il ne faut pas s’en approprier au premier degré, il vaut mieux s’en inspirer.
Je cherche à mettre en valeur l’artiste, chacune de mes chorégraphies est élaborée selon un contexte, dans une écriture spécifique, faite sur mesure pour le danseur, respectant sa personnalité. Ceci rend chaque œuvre différente de l’autre.

Je ne m’enferme pas dans un style unique ; j’ai eu un maître « Matt MATTOX » que je remercie tous les jours pour tout ce qu’il a pu m’apprendre, dont je garde l’essence du travail en jazz, qui n’est pas forcément le mouvement : cela peut être la rigueur, le professionnalisme, la tolérance, la philosophie,……. .
Mon rôle de pédagogue est de bien préparer les élèves aux diverses orientations du métier : l’ objectif étant de former un danseur total, polyvalent, ouvert, ayant une grande faculté d’adaptation, et non un clone ou un exécutant passif.

Le mouvement par lui-même, dans sa forme physique, ne m’intéresse que s’il parle, c’est l’intention du mouvement qui me motive ; l’intention peut être provoquée par une thématique, une émotion ou simplement par la musique. Chaque musique est unique, a une coloration spécifique, une odeur différente. Il faut visualiser, sentir,… Hélas, on n’utilise jamais tous nos sens ; il faut les inverser pour les réveiller et mieux comprendre. Danser, c’est aussi voir la musique et écouter la danse.

Comme je l’ai déjà évoqué, être jazz est un état d’esprit. Il m’est arrivé de faire des chorégraphies sur Bach ou Stravinsky, des musique pas vraiment jazz, mais là justement on crée un contraste très intéressant.

En tant que danseur, je deviens la musique, comme pédagogue, j’essaie de l’animer chez le danseur, et en tant que chorégraphe, je dois l’inspirer. Le chorégraphe donne, avec la chorégraphie, la matière première : c’est au danseur d’y mettre la vie. Travailler avec des clones n’à aucun intérêt, car il n’y a aucun échange.

ES: Parler d’une œuvre chorégraphique qui est la plus représentative de votre travail ; expliquez la démarche, les idées, l’évolution …

GL: Contrairement à ce que l’on peut penser ce n’est pas « KONGAS » (Ballet fétiche de OFFJAZZ DANCE COMPANY, basé sur une approche jazz de la danse africaine : « Le rythme du corps, le rythme de la forêt et le rythme de la terre »), mais plutôt « ROLANDO » un ballet à thème sur des musiques d’ Astor Piazzola, qui dénonce la dictature en Argentine à l’époque du Général FRANCO. Cette création a nécessité six mois de préparation avant d’en cerner la réalisation. J’ai dû me plonger dans la culture argentine, son histoire, essayer de comprendre ce que représente le Tango dans sa forme, sa symbolique, sa signification historique et sociale, l’horreur de la dictature, les déportations, les exécutions clandestines Mais sans oublier la passion, l’amour, et la tendresse. Les costumes étaient crées en trois couleurs ; le rouge bordeaux pour l’amour passionné, le noir pour la mort et le gris pour l’indifférence. Des bottes noires, des lunettes à reflet miroir pour la milice clandestine dont le rôle était d’éliminer les opposants au régime ……. Puis le travail spécifique de la mise en scène, la recherche d’une écriture spécifique qui soit pleinement dans le jazz, tout en respectant l’ensemble des éléments de fond de la recherche.

Cette création m’a beaucoup perturbé, car plus j’entendais la musique plus je ressentais ces émotions comme des lames de rasoir.. Comment faire passer ses états d’âme aux danseurs ? Finalement, je me suis détaché du rôle du chorégraphe pour entrer dans approche de théâtre inspiré par Becket et Stanislavski. Avec les danseurs, j’ai beaucoup parlé de l’histoire, expliqué les personnages , exigé et même provoqué (Il y avait une scène de torture particulièrement dérangeante).
L’écriture chorégraphique est finalement venue tout seule ; puissante et logique, froide et tendre selon les scènes.. Ce que je retiens de cette expérience est l’immersion totale au cœur d’une création d’où jailliront la thématique, la chorégraphie, la dramaturgie, la mise en scène.

Plus récemment, je viens de terminer un nouveau ballet avec musiciens sur scène, à propos des Aborigènes d’ Australie que j’ai nommé « Aborigenèse » ; c’est un essai, mais déjà je me rends compte que j’ai suivi la même démarche : recherche culturelle, adaptation et réalisation. Dans ce ballet l’élément déclencheur a été l’instrument de musique : le digeridoo . Un son tout a fait étrange dans lequel on voit la nature, les cris d’animaux, le rêve, et le noir de la nuit.
L’idée qui déclenche et facilite le cheminement de la création peut être une thématique , une émotion, mais, c’est souvent la musique qui m’inspire le plus.

La chorégraphie c’est, voir la musique et écouter la danse

Gianin LORINGETT, juillet 2002




LA DANSE JAZZ ET LES CLAQUETTES

La Danse jazz et claquettes

L’évolution de la danse jazz s’éloigne de plus en plus des claquettes, tout comme la musique jazz qui, vers les années ’40, ne voulait plus se lier exclusivement à la danse pour devenir un art à part entière. On a l’impression que les arts en général, avec l’évolution, se sophistiquent mais aussi s’isolent.

Il est intéressant de faire le parallèle avec l’époque de la comédie musicale ou tous les arts se rencontraient sur le même plateau cinématographique ou sur les mêmes scènes.

Personnellement j’ai toujours défendu les claquettes comme art du spectacle mais aussi comme complément indispensable dans le cadre de l’enseignement de la danse jazz. Pédagogiquement, ce n’est pas évident de, par exemple, faire passer le jazz chez les enfants. Les enfants peuvent comprendre le mouvement, mais comme dans toute danse, c’est l’intention qui donne la caractéristique. C’est pour cela que je conseille les claquettes en tant qu’outil pédagogique avant d’aborder la danse jazz proprement dite, pourquoi ?
En claquettes en apprend le rythme, on le frappe, « on se le frappe dans le corps » et cela travaille en même temps les appuis. On apprend les déplacements de base,
La manipulation de la canne, du chapeau, très bien pour les enfants : souvent ils ont de la peine à gérer les bras ou à maîtriser les coordinations entre le haut et le bas du corps. Dernier point, le résultat de l’apprentissage est immédiat : on peut montrer ce que l’on a appris.

Dans une constante confrontation avec la musique binaire, la syncope est moribonde : que devient la danse jazz sans la syncope ? Peut on encore justifier l’appellation « danse jazz » ?
Mon travail personnel est basé sur l’étude rythmique : le solfège corporel, les percussions, mais aussi le travail sur la voix (comme demander aux élèves d’exécuter un exercice physiquement, de le chanter rythmiquement et aussi de pouvoir le visualiser mentalement).
Dans cette société de l’audio-visuel, les élèves ont surtout une mémoire visuelle, la mémoire rythmique et la mémoire mélodique sont très faibles. Pourtant la rythmique est présente partout ; dans la structuration d’un cours, des exercices, dans la communication verbale … dans le silence.
Dans les cours de jazz, on essaye d’apprendre tout cela aux élèves, mais il est certain que s’ils avaient une solide base en claquettes, on pourrait avancer beaucoup plus vite.

Regardons le problème du coté des danseurs de claquettes : on trouve le même problème mais inversé. Dans le mot « danse de claquettes » il y a bien le mot « danse ». En claquettes, on frappe de plus en plus, mais on danse de moins en moins. L’évolution des claquettes est devenue 1 technique, frontale, sans beaucoup de déplacements ; c’est certes très spectaculaire de faire 10'000 frappes à la seconde, mais où sont la danse et la communication ?. Le vieux jazz, comme les claquettes traditionnelles, sont perçus maintenant comme dépassé et ringard. Cela est regrettable, car l’étude stylistique de la danse jazz, tout comme celle des claquettes, donnent des bases fondamentales.

Bien sûr, l’évolution doit aller de l’avant mais doit- on pour autant en perdre
L’identité ? Le jazz devient contemporain, et la danse de claquettes une expression de musicien percussionniste de concert.

La grande époque de la comédie musicale reste une source d’inspiration inépuisable : on a encore beaucoup à apprendre de Fred ASTAIRE , de Gene KELLY, Bob FOSSE, Matt MATTOX ……..

Gianin LORINGETT, octobre 2008.





La danse jazz dans une société liquide

La danse jazz dans une société liquide Je rends hommage au sociologue Zygmund BAUMANN auteur de plusieurs ouvrages traitant de l’aspect « liquide » de la société actuelle. Il est fort intéressant de transposer sa pensée au niveau de la danse, et plus précisément de la danse jazz qui prend son origine dans la rue. L’urbanisme galopant et le rythme effréné d’une ville retrace, à mon avis, l’essence et la spécificité de la danse jazz, ceci, dans une vue réelle de la société, mais vivons-nous dans le réel ou dans le virtuel ?

On ne pose plus de questions car on a l’habitude d’avoir un interlocuteur virtuel qui ne pose pas de questions verbalement, on répond via écran numérique ; face aux nouvelles technologies, on communique en fait avec un partenaire qui ne répond pas car il est uniquement un transmetteur : téléphones portables, computers

Un danseur n’est il pas par définition un communicateur ?

La « nouvelle » danse jazz proposé actuellement en France est liquide. Basé sur la fluidité du mouvement, sans effort, sans opposition, elle est tellement « liquide » qu’elle devient justement insaisissable, neutre, sans affirmation.

Comme déjà dit dans le dernier reportage « la danse jazz et les claquettes » (Jazzpulsion N°5) la « syncope » tout comme la « contraction » sont moribondes, car elles vont à l’encontre de la fluidité ; elles arrêtent et cassent le mouvement. Faire un arrêt brusque, une rupture, c’est une opposition, une affirmation, une révolte (voir l’histoire de la danse jazz)

On dit que la danse jazz est la première stylisation de la rue, la danse contemporaine une abstraction, et la danse classique une idéalisation.

La nouvelle danse jazz française veut quitter la rue, veut s’identifier comme un art abstrait, savant, un art enfin reconnu. L’évolution de cet art est souhaitable, nécessaire et indispensable, on est d’accord sur ce point, mais une question se pose ; « sommes- nous encore dans le jazz ? ».
Quand je dis à mes élèves que le jazz pue, que la danse contemporaine n’a pas d’odeur, et que le classique est parfumé à la rose, cela les fait rire, mais je ne pense pas être loin de la vérité. Le « funk », courant de danse et de musique lancé par le grand James BROWN, toujours d’actualité dans toutes communautés, est bien la contraction entre fun (plaisir) et skunk (putois).

Jack COLE (considéré comme le père de la danse jazz blanche) a toujours défini la danse jazz comme du folklore urbain (« jazz is urban folk »). Le folklore est un art pour le peuple, d ’où le nom « populaire » , une affirmation de son identité nationale, un divertissement, une danse à la portée de tous.
La danse jazz s’est diversifiée allant du commercial (comédies musicales, cabaret, revues, TV, clips, …), au théâtral (compagnies de danse). Dans le secteur commercial, la danse jazz est présente dans son esprit festif et communicateur.
Dans le secteur théâtral, qui est à mon avis, le plus difficile à gérer, l’essence se perd souvent au profit d’une danse savante qui noie son identité.
Mezz MEZZROW disait à juste titre « la danse jazz est en constante évolution, mais si elle évolue trop, elle n’est plus jazz ».

J’ai visionné dernièrement le film « Flamenco et Sevillanas » de Carlos SAURA.
Un régal de constater que l’Espagne garde ses traditions avec ferveur. Une culture constamment actualisée, modernisée, innovée, mais qui défend son aspect populaire, son identité, et reste abordable pour tous ; il n’y a pas d’innovation savante, pas d’intellectualisation, elle reste telle et se défend d’être« populaire ».

En France on a l’impression que « populaire » et « artistique » ne vont pas de pair .

Que dire de l’évolution de la danse jazz ? Je repense à la phrase de Mezz MEZZROW …

Je constate tout de même avec plaisir un retour aux sources, notamment avec l’apparition de stages de lindy hop, balboa, charleston, danses conformes à l’original avec costumes d’époque, live music, ambiance conviviale et fun d’un jazz club (pirouette à la discothèque, à son terrain de chasse, et à sa non-communication).
Ce n’est pas seulement un retour nostalgique, c’est aussi la réponse à une demande croissante de communiquer in vivo, les soirées au bistrot du coin, en boîte de jazz. Enfin on parle en face à face et non à travers des « texto ».
Ainsi la danse retrouve sa fonction sociale originale, qui permet à la nouvelle génération d’être confrontée à une autre façon de communiquer, non-virtuelle cette fois. Le corps dansant exprime la vie, les styles, retrouve la musique : à l’origine, la danse et la musique jazz étaient étroitement liées, actuellement les nouvelles voies dans la création reçoivent d’autres influences. Elles devraient néanmoins, respecter l’identité de cet art qu’est le jazz.
Personnellement j’ai toujours vécu et transmis la danse jazz dans son jus, avec un travail poussé sur la rythmique, le contraste, le travail de style et une approche d’intention (le théâtre, les personnages). Je me sens libre dans cette identité chorégraphique, aucun complexe culturel vis-à-vis des danses plus savantes, aucun complexe de répéter 4 fois le même mouvement dans un ballet, aucun complexe de descendre le grand escalier d’un cabaret entouré de plumes et de strass (au contraire, quel bonheur !).
Banal ? Facile ? Cliché ? …. Peut être, mais je me sens bien, je mange à ma faim et je n’ai jamais vécu le métier comme une « galère ».
D’ailleurs, le regard que beaucoup ont sur le travail de cabaret, music hall, revue ou autre dit « facile et commercial » est un parti pris. Il n’y a pas qu’au théâtre qu’on se doit de proposer de la qualité : la qualité dépend de l’exigence, de la culture, et de l’expérience du chorégraphe. (Jack COLE travaillait aussi beaucoup dans les cabarets et les clubs, que dire de l’exceptionnel Bob FOSSE ! ).

Un conseil pour la jeune génération ?
Je n’ai pas vraiment de conseil à donner, je me suis simplement rendu compte que dans ce métier, comme dans tous métiers artistiques, une solide formation avec des maîtres fait la différence. Une longue expérience professionnelle en tant que danseur permet de comprendre et de digérer cet enseignement, une grande curiosité culturelle vers le passé comme vers l’évolution actuelle construit le savoir, le « Je » devient petit, et on tourne le dos au miroir afin de communiquer.

Gianin LORINGETT, janvier 2009.