LA SALSA
LA SALSA L'explosion de la danse Rencontre
explosive du jazz et des rythmes des Caraïbes, la salsa s'est emparée
des pistes de danse dans les années 1950 et 1960. Bien qu'elle ait
connu une baisse de popularité durant les années 1980, on a vu surgir
au cours des années 1990 de nouveaux styles de salsa - new-yorkaise,
portoricaine, colombienne... - qui ont su traverser les frontières.
L'origine du mot "salsa" est assez mal connue: selon certains,
il s'agit d'une métaphore indiquant que cette danse réunissait des
ingrédients d'origines diverses (salsa signifie littéralement "sauce");
selon d'autres sources, la salsa doit son nom à une publicité pour
une marque de sauces, qui sponsorisait les programmes émettant ce
genre de musique.Ce nouveau style sinspirait de ce que les
orchestres de jazz appelaient latin jazz, dans les années 1940 et
1950. Le principal artisan de la transformation du latin jazz au
cours de ces deux décennies fut le trompettiste cubain Arsenio Rodriguez,
plus connu sous le nom de el Ciego Maravilloso (littéralement, le
merveilleux aveugle). On trouvait dans son ensemble un piano, une
deuxième trompette, parfois un saxophone, et une importante partie
rythmique. Les ensembles de Rodriguez devinrent rapidement le standard
des orchestres de bal cubains. Ils marquèrent la naissance d'un
nouveau style de musique, intégrant le mambo et le " son "
cubain, la portoricaine, le merengue dominicain, la cumbia colombienne.
Ce mélange des genres finis par être appelé salsa. En 1952, Arsenio
se rendit aux États-Unis, mais le terme de salsa ne devait pas être
employé dans ce pays avant la fin des années 1960: on s'en servit
alors pour décrire la musique de Tito Puente (1925) et d'autres
musiciens, qui interprétaient ce type de musique depuis environ
vingt-cinq ans. La salsa doit sa popularité au zèle du fondateur
de Fania Records - qui allait devenir le plus important producteur
de musique de danse latine -Jerry Masucci. La grande période de
la salsa coïncida avec les années 1970. C'est à cette époque que
les latino-américains décidèrent de se pencher sur leur héritage
culture! et de remettre au goût du jour les anciens rythmes du sud.
On vit alors apparaître de petites formations comme ['ensemble cubain.
Il y avait une partie rythmique, avec une ligne de trots à cinq
instruments à vent, et pour finir, un ou deux chanteurs. Assimilant
les différents courants de musique latino-américaine, cet ensemble
s'ouvrit aux musiciens sud-américains de plusieurs nationalités.
Après avoir accusé une baisse de popularité dans les années 1980
- en partie liée au développement du merengue -, on a vu émerger
dans les années 1990 de nouvelles sonorités, qui ont su ravir les
amateurs de musique latino-américaine. C'est aujourd'hui un véritable
raz-de-marée, qui déferle sur le monde entier.
- La salsa, c'est "la sauce"
en espagnol, un mot bien approprié pour décrire la multiplicité
de ses origines. Pour faire le point à l'occasion du 4ème festival
"Tempo à Vic" (Vic-Fezensac, Gers), le journal Sud-Ouest
a demandé à Isabelle Leymarie, musicologue, quelques éclaircissements
sur ce style musical.
Pianiste et musicologue, Isabelle Leymarie est passionnée par
les musiques de la diaspora africaine. Elle a produit de nombreuses
émissions pour France Culture, réalisée de nombreux documentaires
et publié de nombreux ouvrages (1). Dans le dernier d'entre-eux,
"Cuban Fire", publié cette année chez Outre Mesure,
elle nous retrace la passionnante saga de la musique populaire
d'origine cubaine et de ses interprètes depuis les années vingt.
Sud-Ouest
: On a coutume d'appeler Salsa ces musiques latines, dansantes
et festives. Mais ce terme a t-il vraiment un sens musical ?
Isabelle LEYMARIE : C'est un terme qui, comme
"jazz", englobe bien des rythmes. Il a été inventé à
la fin des années soixante, les Portoricains installés à New-York
ont commencé à jouer de la musique cubaine tout en y apportant
leur propre cachet. C'est un terme commode, qui signifie sauce
et qui désigne aujourd'hui ce qu'on appelait autrefois les musiques
typiques. Au départ, les
Cubains ont un peu été irrités en voyant qu'on désignait
par salsa des rythmes qu'ils avaient inventés, mais aujourd'hui,
ils n'hésitent plus à l'employer.
S.O. - Comment expliquez-vous que l'île de Cuba
ait accouché de tant de rythmes musicaux ?
I.L. - D'abord, parce que ces rythmes sont d'origines
africaines, que les africains sont très musiciens et qu'il y a
à Cuba une forte concentration de noirs africains. Cet apport
est fondamental. Ensuite parce que Cuba a aussi hérité de la fougue
espagnole. La joie de vivre du peuple cubain, qui se retrouve
dans la musique et la danse, vient de ce métissage. Enfin, parce
que l'île a
longtemps été une zone de contact et d'échanges culturels entre
les États-Unis et l'Europe.
S.O. - L'apport rythmique africain est certes
fondamental. Mais la salsa est une musique tout à fait neuve.
Par quelle dynamique a t-elle été créée ?
I.L. - A partir de la fin du XVI ème siècle,
il y a eu un processus de créolisation des musiques, né du mariage
des rythmes africains et des musiques hispaniques puis françaises.
Cela a donné quelque chose qui avait vraiment une saveur particulière.
Ainsi, par exemple, le mambo, est issue de la rencontre des danses
de cours (comme la contredanse française) avec des syncopes et
des
percussions africaines.
S.O. - À Cuba la musique se transmet souvent
de génération en génération, au sein des familles, comme le montrent
La Familia Valera Miranda, ou Adalberto Alvarez. Comment expliquez-vous
ce phénomène ?
I.L.. - Il existe à Cuba, mais aussi au sein
de la communauté cubaine émigrée aux États-Unis, de grandes dynasties
de musiciens, comme celle du pianiste de jazz Rubalcaba. Dans
sa famille, le père, l'arrière grand-père, le frère et même le
chien sont musiciens. À côté de ça, sa mère écoute des chanson
à la radio en faisant la cuisine et, en permanence, des musiciens
défilent dans son
appartement. Ce genre d'ambiance influence bien évidemment les
enfants qui ensuite, naturellement, souhaitent avoir leur place
dans l'univers musical.
S.O. - La musique traditionnelle, comme celle
de Candido Fabre, ou de Los Piratas del Caney, se perpétue sans
s'essouffler à Cuba. Mais naît-elle toujours spontanément, ou
fait-elle partie d'un folklore entretenu pour les besoins de la
cause commerciale ?
I.L. - Généralement, les orchestres traditionnels
viennent d'Oriente, une province très éloignée de La Havane et
qui est restée beaucoup plus proche de ses racines. Du coup, ce
folklore est encore très vivant dans la culture populaire et se
perpétue donc naturellement.
S.O. - À coté des orchestres traditionnels, un
grand nombre de formations, comme Los Van Van, se distinguent
par leur esprit créatif. Quel en est l'origine ?
I.L. - Cuba est une île éloignée de tout et les
gens s'y ennuient parfois un peu. La musique y est donc un bon
moyen de tromper le temps et de s'amuser. A cela s'ajoute une
volonté politique. Castro, pour faire oublier à la population
les effets de la crise économique, a eu la sagesse de développer
les arts, et notamment la musique noire. Tous ces facteurs créent
une émulation
particulièrement fertile et, du coup, de nouveaux rythmes émergent
régulièrement.
S.O. - Pouvez-vous citer les exemples les plus
récents ?
I.L. - Je pense par exemple au songo, une sorte
de danzon mâtinée de pop music inventée par Changuito, le percussionniste
de Los Van Van. Je pense aussi à la musique des jeunes générations
qui compensent leurs manques, l'absence de travail et de nourriture,
en se défoulant sur des musiques frénétiques (appelées Despolete),
comme celle d'Isaac Delgado, La Charanga Habanera, Klimax, ou
Kini Kini.
S.O. - Les paroles des chansons cubaines ne sont
que très rarement revendicatives. Est-ce pour des raisons politiques
?
I.L. - Les paroles ont toujours été anecdotiques.
En fait, à Cuba, les chanteurs ont trois grandes sources d'inspiration.
Premièrement, l'amour, la femme et plus particulièrement la mulata
(femme métissée) qui affole les hommes. Deuxièmement, la religion
afro-cubaine. La troisième, c'est la nourriture, mais aussi la
vie quotidienne : le mari qui trompe sa femme, le facteur qui
s'est acheté une nouvelle voiture...
Sud-Ouest du 25 juillet 1997, propos recueillis par Pierre-Manuel
RÉAULT.
(1) Du même auteur, "La salsa et le Latin Jazz" (PUF,
1993), "Du tango au reggae" (Flammarion, 1996), "Musique
Caraïbes" (Acte Sud, 1996), "Musiques sud-américaines"
(Gallimard, 1997)
Glossaire :
Batanga
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Le Rythme est joué avec des tambours
sacrés batas et inventés par Bebo Valdés dans les années 50.
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Bolero
|
Genre populaire cubain d'origine
espagnole apparu dans la province d'Oriente fin XIXème.
|
Bongo
|
Petit tambour double que l'on
tient coincé entre les genoux
|
Boogaloo
|
Rythme latin de New-York influencé
par la soul music et popularisé dans les années 60
|
Candela
|
Expression très utilisée à Cuba
pour exprimer la chaleur, la luminosité, la beauté d'un morceau
bien interprété.
|
Cha cha cha
|
Rythme inventé dans les années
50 par le violoniste cubain Enrique Jorrin.
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Charanga
|
Orchestre de danzon comportant
notamment flûte, violons et timbales.
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Clave
|
Rythme de base d'origine africaine
et articulée sur deux mesures.
|
Clave
|
Instrument composé de deux morceaux
de bois qui, entrechoqués, marquent le rythme
|
Congas
|
Tambour d'origine congolaise,
d'abord très utilisé durant le carnaval avant d'être introduit
dans les orchestres de salon, puis dans la musique populaire.
|
Danza
|
Genre musical issu de la contredanse
européenne, particulièrement populaire à Cuba au XVIIIème
et à Porto Rico.
|
Danzon
|
Danse cubaine issue de la Danza,
popularisée à la fin du XIXème siècle. Descarga Improvisation.
L'équivalent des jam-sessions, ou du boeuf.
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Despelote
|
Salsa particulièrement dynamique
et frénétique qui fait fureur à La Havane depuis le début
des années 90.
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Güiro
|
Instrument formé d'une gourde
en bois striée sur laquelle on frotte une baguette.
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Latin-jazz
|
Jazz apparu dans les années 50
et interprété avec des rythmes et des percussions afro-latines
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Mambo
|
Genre musical inventé par Pérez
Prado et très populaire dans les années 50, avant d'être concurrencé
par la bossa-nova et le Cha cha cha.
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Maracas
|
nstrument servant à marquer le
rythme formé de deux petites gourdes en bois contenant des
petits cailloux.
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Merengue
|
Danse nationale de la république
dominicaine.
|
Mozambique
|
Rythme popularisé dans les années
60 par Pello el Afrokan.
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Pachanga
|
Danse issue d'une chanson composée
en 1959 par Eduardo Davidson.
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Rumba
|
Danse de salon des années 30
et d'origine cubaine.
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Salsa
|
"La sauce", interjection
utilisée pour encourager les orchestres, mais surtout, musique
populaire d'origine cubaine née dans les quartiers hispaniques
de New-York à la fin des années 60.
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Shekere
|
Instrument formé d'une gourde
en bois recouverte d'un filet auquel sont fixés des perles.
Secoué, il sert à marquer le rythme.
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Son
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Le pilier fondamental de la musique
cubaine apparu à la fin du XIXème siècle de la rencontre des
musiques africaines et de la culture espagnole, mais popularisé
dans les années 20.
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Songo
|
Rythme inventé dans les années
70 par Changuito, le percussionniste des Van Van.
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Sonero
|
Chanteur de son et par extension,
de salsa.
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Timbales
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Ensemble de deux caisses claires
montées sur un pied.
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Article et glossaire publié avec l'aimable authorisation de
Simon Dodier "ma
gusta la salsa"
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Un site
a visiter absolument, tout sur la salsa, les origines, les instruments,
files sons.
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